Vers la découverte d’un premier culte de l’Homme,

Héritage et évolution

 

Depuis la sédentarisation de l’Homme, la mort est considérée comme l’un des événements les plus significatifs de la vie humaine. D’où l’émergence de nombreux rites élaborés sur le culte de la mort. Ce sont d’ailleurs [et nous aurons l’occasion de le constater à travers cet article] les sociétés primitives qui se caractérisent par la plus grande variété de rites funéraires. Les premières sépultures délibérément employées à des fins rituelles verront d’ailleurs le jour il y a environ 60 à 70 mille ans. La tombe (du grec tymbos grec) est littéralement le lieu où reposent les Hommes et où l’on peut rendre hommage à leur mémoire. En règle générale, les caractéristiques de la tombe reflètent le rôle du défunt dans la hiérarchie sociale. Du point de vue de l’anthropologie, l’existence d’un cimetière (du grec koimeterion signifiant littéralement « lieu de repos ») est le premier signe du développement d’un certain modernisme d’une civilisation. A contrario, dans les sociétés plus anciennes, il était de coutume d’organiser l’enterrement dans des zones spécialement désignées, prenant plutôt l’apparence de véritables villes des morts comme nous pouvons le remarquer à Athènes en Grèce au sein de la nécropole du Céramique ou encore au sein des nécropoles étrusques de Cerveteri et Tarquinia.

De ces rites funéraires découlera une seconde pratique tout aussi essentielle à une meilleure compréhension du culte de la mort : celui du culte des crânes.  Certains peuples, tels quel les Slaves ou les Scandinaves lui conférait des pouvoirs de guérison, de protection, de richesse, de fertilité ou à contrario de mort. En outre, ses fonctions de protection peuvent être réalisées par des « modèles », des copies le plus souvent taillées dans la pierre ou dans l’argile, moyen permettant de ne pas troubler le repos du défunt.  Sa possession, d’abord réservé aux prêtres païens, c’est avec l’avènement du christianisme que le crâne deviendra partie intégrante du symbolisme et de l’iconographie catholique, devenant notamment l’attribut de nombreux saints chrétiens tel que Marie-Madeleine ou encore François d’Assise[1]. Enfin le crâne blanc selon certaines croyances est également le signe d’une aura supérieure douée d’un puissant pouvoir résurrectionnel. Les crânes humains étaient ainsi conservés à des fins de sorcellerie notamment au sein des tribus primitives cannibales. L’exploitation de ces sources devrait permettre de répondre à une série d’interrogations inhérentes au sujet : Ainsi nous analyserons ce qui semble être le témoignage d’un culte étroitement lié depuis toujours aux énergies spirituelles…puis nous tenterons de répondre aux questions suivantes : Le respect des morts est-il nécessairement le reflet d’une société archaïque ?  Notre concept de modernité est-il encore compatible d’avec une sacralisation de nos ancêtres ? cet article tend ainsi à démontrer comment l’humanité au fil du temps à en partie désacraliser notre perception vie-mort et ce notamment en raison du rythme de vie à la cadence parfois peu gérable à laquelle nous sommes tous confronter donc de cause à effet à un individualisme sociologique nous poursuivant à présent même après notre mort…

Mots-clés : Culte du crâne, Néolithique, Sédentarisation, Rite funéraire, Amulettes crâniennes, Croyances, Religions, Christianisme

 Keywords : « Skull Cults », Néolithic, Ancient Civilizations, Archeology, Skulls, Cranial amulets, human cranium, faith, Christianity

 

Les origines

Les principaux éléments du complexe funéraire de l’ère paléolithique tardive ont déjà été posés au Paléolithique moyen. La continuité culturelle est également évidente. Les os sont souvent peints à l’ocre, les sépultures abondamment pourvues de matériel funéraire, près d’eux sont découverts le plus souvent les crânes et les os d’animaux tel que mammouths ou cerfs. Crâne, des dents et d’autres parties du squelette humain, sont tous soumis à un traitement pouvant indiquer leur utilisation potentielle au sein de rite magique. De nombreuses tribus primitives étaient d’ailleurs convaincus que le crâne était le siège de la force de vie (y compris après sa séparation du corps), C’est d’ailleurs cette croyance ancestrale qui marquera les prémices d’un culte du crâne. Des vues analogues étaient et la base de la coutume de préserver les têtes des parents décédés. Le plus grand hommage aux morts est de préserver une petite partie d’eux même, le plus souvent des crânes ou des os dans lesquels leurs âmes sont préservées. Ce culte si mal compris parfois peut être associé à des sacrifices humains. Lors de certaines fouilles archéologiques et notamment sur le site de Göbekli Tepe, des traces de dommages par l’homme causé par la manipulation du corps mort seront mis en évidence.

 

Nous ne pouvons déterminer de façon formelle si le rituel d’enterrement de Néandertal est lié à une composante religieuse. Disposant encore que de trop peu d’information nous ne pouvons que supposer les attitudes et les comportements datant du Paléolithique moyen et ce que nous évoquions l’homme de Néandertal, ou l’Homo sapiens. Un exemple est l’histoire de la « découverte » du culte de l’ours par l’Homme de Néandertal. Une preuve conjecturale de son existence sous la forme de crânes d’ours regroupés en un seul et même amas ont été trouvés au début du siècle dernier dans un certain nombre de grottes en Europe centrale. La grotte de Drachenloch en Suisse a joué un rôle particulièrement important dans la formation de cette hypothèse. Un culte similaire sera enregistré dans un certain nombre de grottes telle Wildenmannisloch en Suisse.  En théorie, bien sûr, il est possible que dans le Paléolithique moyen, en plus du culte de l’ours, il fut parfois pratiqué le culte de crâne humain, et qu’il fut même partie intégrante d’un rituel. Cependant, aucune découverte n’a encore permis de le prouver. Peut-être l’essentiel est-il que l’évidence la plus éloquente d’un « culte de la mort » a été découverte trop tôt, quand il n’y avait pas de méthodes adéquates pour les étudier. Ou que par coïncidence, ces témoignages sont tombés entre les mains de chercheurs insuffisamment qualifiés et ont été ruinés par eux. Ou peut-être la raison est simplement qu’il n’y avait vraiment aucune preuve. Ce qui suppose être un ordre symbolique de crânes et d’autres ossements, peut-il alors n’être le résultat que d’un processus naturel, biologique et géologique, la question de l’existence d’un culte de l’ours Neandertal reste encore ouverte pour le moment.

De façon très similaire, une seconde hypothèse verra le jour : l’existence du culte du crâne chez l’Homme néandertalien. Ici aussi, il y avait beaucoup de découvertes fascinantes mais trop peu de faits vérifiables, cependant la découverte à Steinheim en 1933 de crânes d’hominidés en partie endommagés dans la région foramen magnum du substrat, il n’en fallait pas plus pour que de nombreux chercheurs adopte avec enthousiasme ce qui paraissait être la preuve d’un culte du crâne voire d’un rituel anthropophage. Il a été supposé que le foramen occipital fût dilaté intentionnellement, afin d’accéder au contenu de la cavité cérébrale. Cette hypothèse de cannibalisme rituel suivi par un culte des crânes sera pourtant remise en cause atteint au milieu du siècle dernier, après l’apparition d’une série de publications d’Alexander Blanca sur les résultats dans la grotte Guattari en Italie. S’il y avait des doutes sur la pratique du cannibalisme, le culte des crânes en tant que tels étaient considéré comme un fait établi. Le fait que le crâne soit isolé du reste du corps représentent une preuve que le rituel funéraire est souvent réalisé en deux phases S’il en est ainsi, il s’avère que dans ce cas, le rituel funéraire était composé de deux étapes bien distinctes : l’enterrement puis la sortie de terre du crâne bien après la décomposition des tissus.  Le crâne était vraisemblablement considéré dans ce cas comme objet d’une importance essentiel au rituel.  L’étude du crâne lui-même, les ossements d’animaux qui l’entourent et la documentation disponible ont montré que l’interprétation reliant cette découverte à la pratique rituelle des Néandertaliens est extrêmement douteuse. En particulier, il a été découvert que les blessures sur le crâne n’étaient pas laissées par des outils en pierre, mais par des charognards et autres causes naturelles liées à la décomposition des corps. Il n’y avait qu’un tas de détritus ordinaire, ce qui n’est pas rare dans les grottes. De plus, on se rendra compte qu’à la suite des analyses, le crâne ne figurait plus du tout dans les publications des chercheurs. Il ne restait alors plus rien de la base de données que l’on considérait pourtant jusqu’alors si probantes.

Les différents rites d’inhumations analysés, indiquent directement que, au moins dans certains groupes néandertaliens, certaines manipulations avec les crânes du défunt ont été faites. Bien que le squelette trouvé dans cette sépulture soit très bien conservé (les os pelviens et thoraciques ne sont nulle part aussi bien représentés qu’ici, et le seul os hyoïde néanderthalien provient aussi d’ici), le crâne est absent. Cependant un certain nombre de détails indiquent que tout le crâne a lui aussi été enseveli sous terre : premièrement, la présence d’une dent de sagesse deuxièmement, il n’y a absolument aucune trace apparentes qui pourrait laisser présumer d’une séparation des vertèbres cervicales du crâne juste après la mort. Il semble que le défunt ait été sorti de terre bien après que les tissus mous, y compris le cartilage, se soient décomposés.  Si jusqu’à présent le culte des crânes concernait surtout le paléolithique moyen et si nous n’avions que très peu de détail archéologique et anthropologique quant à sa continuité dans le temps, en 2017 de nouvelles fouilles entreprises sur le célèbre site de Göbekli-Tepe permettra de faire le lien entre culte des crânes et Néolithique. Göbekli-Tepe, ainsi que plusieurs autres sites antiques d’Anatolie, comme Çatal Höyük et TepecikÇiftlik, sont aujourd’hui considérés comme l’une des traces les plus anciennes de l’existence des premiers rudiments de la civilisation, de la religion et de la culture sur Terre. L’une des découvertes les plus inhabituelles faites sur le territoire de ces colonies reste cependant celle de plusieurs crânes, pour la plupart visiblement peint avec des ocres et d’autres couleurs. Cette découverte conduira de nombreux historiens et archéologues à supposer que le peuple turc à l’âge de pierre vouait déjà un véritable culte des morts en conservant les crânes des ancêtres et peut être même des communautés ennemies.  Cette découverte fut immédiatement considérée comme la première preuve sans équivoque que les anciens peuples de Göbekli-Tepe, et peut-être d’autres colonies néolithiques en Turquie, vénéraient vraiment les crânes des défunts et les traitaient d’une manière spéciale et les décoraient après leur séparation du corps. À de telles conclusions s’ajoutent celle déterminées en étudiant les fragments de trois crânes, trouvés dans l’une des plus profondes couches géologiques à Göbekli-Tepe dans deux extrémités opposées du camp. Environ un dixième de ces fragments, comme l’a découvert l’équipe, porte des traces de coupures qui ne se produisent sur aucun autre crâne d’Anatolie, du Levant ou d’autres prétendants au rôle de « berceau de la civilisation ». Un scanner tridimensionnel sera utilisé afin de permettre une reconstitution en 3D de ces crânes, étudiés par un groupe de l’Institut archéologique allemand sous la direction de Julia Gresky, seront restaurés virtuellement à partir de sept fragments crâniens. Tous les fragments n’ont pas pu être retrouvés, mais les échantillons furent suffisants pour constater la nature non accidentelle mais bien volontaire des gravures sur crâne, toute réalisées post mortem. La plupart de ces motifs formaient un ensemble primitif de perforation crânienne, ainsi que de droites verticales marquant le front, les oreilles ainsi que l’arrière de la boite crânienne. Un petit nombre d’entre eux ont été combinés à des ornementations plus complexe, semblable à des représentations végétales. Toutes ces lignes, à en juger par la forme de leurs rainures, ont été appliquées à la surface du crâne au moyen de plusieurs coups successifs à l’aide d’outils en pierre. De plus, la forme de ces lignes indique qu’elles ont été dessinées pratiquement immédiatement après la mort et avant que les os ne perdent leur élasticité. Tout cela, couplé au fait que les crânes ont été nettoyés de leur chair avant cette procédure, permet d’en conclure à la nature rituelle indiquant clairement la présence en Turquie néolithique d’un culte du crâne. Cependant, certaines constatations ultérieures, notamment celle concernant un hypothétique culte du crâne datant du paléolithique font qu’il est nécessaire de s’abstenir d’émettre un verdict ferme et définitif (Ce genre de conclusion fermes et trop souvent tirées à la hâte sont généralement ingrates, surtout en anthropologie). En outre, ce cercle de pierre pourrait être symbolisé par le soleil. Le symbolisme solaire dans les croyances de l’homme de Neandertal n’est aucunement surprenant si nous rappelons la découverte de sépultures orientées-est-ouest. Enfin, notons que le soleil reste depuis toujours le symbole de la victoire sur la nuit et la mort. Dans le cas du site de Göbekli Tepe en Turquie nous remarquons deux cas typiques d’amulettes : régulières et irrégulières. Les régulières de nature très rares sont remarquables par leur polissage si caractéristique comme nous pouvons le constater sur la figure B, elles comprennent également une multitude de petits trous « constitués par les aréoles du tissu spongieux » les rondelles de ce type sont toutes soumises au même type de traitement : elles sont tous d’abord soigneusement nettoyées puis purifié de tout suc médullaire et des vaisseaux contenus dans le tissu osseux soit par lavage soit par macération. Dans le cas des trois autres amulettes il s’agit essentiellement d’amulettes irrégulières. Elles sont à leur tour caractérisées par leurs formes angulaires et leurs aspects les plus diverses et variés. Les amulettes de Göbekli Tepe sont pour la plupart des amulettes dite à « encoche », cette dernière, profonde, est creusée artificiellement afin de permettre la mise en place d’un cordon de suspension [2] (Fig.A,C,D). S’il est d’autant plus rare d’extraire des amulettes dont les bords sont non cicatrisés, il ne s’agit bien là que de décupler sa valeur marchande. En effet, l’amulette devait fournir la preuve qu’elle était bel et bien le résultat d’une trépanation. Cette preuve ne pouvant être formelle qu’en présence de fragments au bords falciformes et cicatrisés. [3] Les rondelles, qu’elles soient régulières ou non répondent aux mêmes usages. Contrairement aux idées reçues, les amulettes façonnées de manières à être porté autour du cou ou suspendues sont extrêmement rares. En effet, celle que l’on extrait de leurs tombeaux était plus vraisemblablement destinés à la poche ou au pli du vêtements. Paul Broca nous éclaire d’ailleurs en précisant que leur fréquente découverte au sein des sépultures Néolithiques est clairement une « preuve qu’on les inhumait avec les corps de ceux qui les avait portés pendant leur vie ».  Elles permettent également la préservation de maladies exclusivement traitées par trépanation. Non seulement le caractère superstitieux de cette pratique s est ici bien présent mais l’on retrouve également une influence mystique épatante à ne pas négliger. Non seulement le corps est traité mais également l’âme. La peur de la maladie est par ailleurs étroitement liée à la peur du mal-être du corps et de son esprit.

Des crânes humains présentant des traces de modifications artificielles similaires seront retrouvés au même moment sur plusieurs lieux de fouilles. Par exemple, sur le site d’une colonie néolithique en Syrie, où plusieurs crânes délibérément brisés seront extraits. Si d’aucuns prétendent à une forme de punition posthume, ce rite, dont la signification reste encore floue est pourtant déjà décrite en détail en 1945 par André Glory et Romain Robert[3]. Ainsi ils définissent déjà cette mutilation post mortem comme preuve évidente d’une pratique à finalité rituel,[4] prenant comme modèle l’analyse de crânes Néandertaliens découverts sur les lieux du Mont Circé en 1940 par M. Blanc.[5] Une seconde hypothèse sera également avancée, celle d’une pratique Anthropophage comme il le fut interprété lors de l’extraction du crâne d’Ehringsdorf en Allemagne par Boule. [6] Pour les tribus engagées dans la chasse et la cueillette de fruits, en particulier les tribus nomades, il était plus courant de laisser les corps des défunts à la surface, tandis que les sédentaires préféraient les enterrer. Une telle relation n’est pas établie avec certitude et il est donc difficile de tirer une conclusion exacte. Cependant, il est clair que les moyens reconnus de se débarrasser des membres de la tribu décédés avaient également généralement des explications conformes aux croyances religieuses locales. Les cérémonies qui accompagnent les funérailles remplisse une triple fonction :

1) Protéger les vivants d’un possible retour de l’âme parmi eux, capable de leur causer des dommages ;

2)Aider l’âme vers son passage dans l’autre monde ;

3) Faciliter le processus de réincarnation de l’âme. Dans la forme, les rituels et les rituels varient, mais partout on considère que la réussite des objectifs fixés dépend du respect des règles adoptées, qui ne permettent aucune déviation ou omission. Dans de nombreuses sociétés, il existe des rituels complexes, qui peuvent inclure la tenue de cérémonies et d’autres rituels plus complexes. Parfois, une année s’écoule entre l’enterrement et la cérémonie finale, voire plus. Dans de tels cas, les actes funéraires aboutissent souvent au rituel de l’enterrement secondaire, le corps du défunt est alors exhumé, les os sont lavés comme purifiés puis mis en terre à nouveau. 8

 La trépanation : d’acte médico-chirurgical à passeur d’âme

Depuis la Préhistoire, des représentants de différents peuples ont pratiqué la trépanation – une procédure chirurgicale approximative, dans laquelle un trou est percé dans le crâne d’un individu encore en vie. Cette opération est le plus souvent effectuée par perçage, découpe ou raclage. Encore aujourd’hui, chaque année, lors de fouilles archéologiques à travers le monde, de nombreux crânes présentant des traces de trépanation sont été extraits du sol. Les rapports d’étude des anthropologues menés en Afrique et en Polynésie au XXe siècle sur la trépanation, donnent à penser qu’au moins dans quelques cas, l’opération était destinée au traitement des maux de tête – par exemple à la suite d’un traumatisme crânien ou d’une maladie neurologique. C’est probablement, dans le même but, que la trépanation sera également usuelle depuis que l’Homme est Homme. Sur de nombreux crânes trépanés, des signes de dommages mécaniques ou de maladies neurologiques seront retrouvées, souvent à proximité du trou de trépanation. Néanmoins, les chercheurs ont depuis longtemps soupçonné que nos ancêtres effectuaient des pratiques non seulement à des fins médicales, mais aussi à des fins rituelles. La première preuve de l’exécution d’une telle pratique est datée d’environ 7000 ans. La Trépanation a été pratiquée dans diverses parties du monde : dans la Grèce antique, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Afrique, la Polynésie et l’Extrême-Orient. Probablement, dans différentes régions, les personnes ont développé indépendamment des techniques de Si la plupart des peuples avaient abandonné cette pratique, dans plusieurs parties de l’Afrique et de la Polynésie dont la population se trouvaient reculées de toute civilisation, ces opérations seront encore très courantes jusqu’au début des années 1990. Depuis la publication de la toute première recherche scientifique sur la trépanation (au XIXe siècle), une troisième hypothèse se fait jour : et si cette pratique n’était qu’un énième culte de la mort afin de permettre l’expulsion de l’âme du défunt ? En outre, la trépanation fait partie intégrante de rites initiatiques. Exclure ou affirmer également l’hypothèse d’une trépanation à but médicale reste très complexe pour la simple raison que pratiquement aucunes pathologies cérébrales ne laissent de séquelles sur le crâne en lui-même. Depuis toujours, le crâne a joué un rôle très important dans le culte et dans la pratique des rituels. Selon l’ethnographe allemand Léo Frobenius, si depuis toujours l’Homme pratique l’inhumation il le fait parce qu’il ne veut rien avoir à faire avec lui, ce qui est une conséquence de sa peur des esprits. Il cherche la destruction complète du cadavre, l’expulsion de ce monde de son âme. Si, au contraire, il ressent de l’amour et du respect pour le défunt, il cherche à rester en contact avec lui et, si possible, à conserver le cadavre le plus longtemps possible à ses côtés. D’un deuil passif nous passons donc à un deuil actif. Le plus grand hommage aux morts est le culte des crânes ou des os dans lesquels leurs âmes sont préservées. Cela explique notamment la propagation du rituel de momification. Chez les papous, en Nouvelle-Guinée, la coutume veut que le défunt soit inhumé dans la hutte où continueront de vivre ses proches après sa mort. Au bout de quelques mois, la mâchoire inférieure est séparée du crâne, et les proches l’utilisent comme bracelet. Il est très intéressant de constater l’existence encore très présente de la pratique du culte des morts, directement représenté par le culte du crâne dans les tribus australiennes, africaines et asiatiques. En Nouvelle-Calédonie une forme inhabituelle d’enterrement est usuelle : le défunt est placé en position assise, la tête dépassant de la tombe. Le crâne, perdant au fil du temps son enveloppe épidermique, cette dernière est remplacée par un masque mortuaire fait d’argile recréant ainsi le portrait du défunt. Selon les coutumes religieuses de la tribu Dourou en Afrique, trois mois après l’enterrement, le crâne du chef du village est exhumé. Jean Pierre Albert définit ce rite de la double inhumation comme « un processus en deux temps, pendant une première période, de durée variable mais souvent indexée sur la disparition des parties molles du cadavre9, le mort demeure à proximité des vivants et il peut venir perturber leur existence ; ensuite, il entre dans la catégorie des « ancêtres » et est désormais neutre ou bénéfique. » Placé au cœur du village il est peint avant d’être enveloppé de sang de chèvre. L’âme du défunt est alors régulièrement invoquée, notamment afin qu’une récolte soit riche et abondante, qu’une naissance se passe sans complication ou qu’un mariage soit heureux. Les veuves des îles Trobriand (Papouasie-Nouvelle-Guinée) plantaient les crânes de leurs maris décédés sur des pieux, servant d’amulette protectrices. Au Soudan, le crâne est également considéré comme symbole de fertilité. Un an après l’enterrement, la tombe d’un ancêtre est éventrée afin d’en extraire le crâne, que l’on lavera soigneusement puis placera dans un autel de fortune.  Si une femme se révèle stérile, son père se tourne vers le crâne : « Vous êtes un vieux père, vous êtes mort depuis longtemps. Vous m’avez donné naissance avant votre mort. Maintenant, j’ai une fille. Elle est mariée, mais n’a pas d’enfant. Vous êtes un vieux père, et je vous demande de lui donner un enfant. »  A contrario, selon les légendes Indiennes, le crâne incarne les forces du mal et apporte la mort à celui qui le trouve. Cette légende est intimement liée au nom du célèbre archéologue Michael Mitchell-Hodgis, qui consacrera sa vie à la recherche de l’Atlantide et pratiquera de nombreuses fouilles dans l’ancienne ville de Lubaantun, conservée dans la jungle du Honduras. Sa fille adoptive, Anna, le jour de son dix-septième anniversaire, au cours d’une énième excursion tombera nez à nez face à un crâne sous l’autel d’un ancien sanctuaire. Cependant, il a été suggéré qu’il ne s’agissait que d’une copie de pierre ce jour-là. Le chercheur lui-même n’a jamais parlé de l’origine de la découverte, dont il emportera le secret dans sa tombe en 1959.  Des exemples de coutumes funéraires dans le détroit de Torres (un groupe d’îles du Pacifique entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée) sont également intéressants. Tout d’abord, le cadavre est placé sur un tamis, qui repose horizontalement sur quatre piliers. Le corps est entièrement libéré de son sang, puis, la tête, l’omoplate ou le tibia est séparé du reste du corp, le reste du corps est enterré dans le sol ou jeté en mer. Le crâne est remis solennellement aux proches du défunt, puis déposé sur son ancien lit de sorte qu’il puisse reposer parmi ses proches parents. À Cap York, quelques mois après l’enterrement, les os du défunt sont de nouveau exhumés. Le chef de la tribu, un crâne entre ses mains, à ce moment, tout lui est permis, même le meurtre, parce qu’il agit au nom du défunt.  La relation si singulière envers le corps du défunt est souvent considérée comme inhérente au christianisme : D’aucuns mentionnent même la tradition iconographique de l’image de la tête d’Adam à l’envers comme une sorte de bol, qui accumule le sang qui coule des plaies du Christ. Selon eux, dans ce cas, il est effectivement clairement identifié comme étant le Saint Graal. Le crâne dont le sang abonde serait-il alors le symbole d’un auto-déni dans l’iconographie de l’expiation des péchés ?

Culte du crâne, entre mythe, mysticisme, religion et tradition.

Dans de nombreuses tribus primitives, le crâne était considéré comme un réceptacle de l’âme. La tête de l’ennemi assassiné n’es pas ensevelie avec le reste du corps, mais est placée dans un endroit honorable dans le logement, expliquant cela par le fait que dorénavant elle a été acceptée dans la famille et ne représente aucun danger pour celle-ci, ou, comme nous pouvons le supposer concernant certains crâne de Göbekli Tepe le crâne est conservé à des fins de protection, exploité sous forme d’amulette sacrée, le plus souvent porté autour du cou, parfois même autour du cou du défunt[9] ou encore suspendue à l’entrée du lieu de vie afin de repousser le mauvais œil et empêcher non seulement le courroux de l’esprit mais également que ne s’abattent le malheur sur l’ensemble de la communauté. Par son caractère unique, si cette pratique n’est pas encore prouvable formellement, le crâne des vaincus était peint de couleurs vives, de sorte qu’il ne se sente pas « offensé ». Des rites similaires sont pratiqués sur les crânes des parents décédés. Chez les Celtes, le crâne était vénéré comme le centre du pouvoir sacré, qui protégeait l’homme des forces adverses et lui conférait santé et richesse. Le crâne est également l’attribut des ermites hindous, signe de leur renonciation au monde sur la voie du salut. En outre, le crâne peut être une mesure du développement (avancement) de la personnalité dans les divinités tibétaines. Les immortels taoïstes sont souvent représentés avec un crâne surdimensionné, signe qu’ils ont accumulé une énorme quantité d’énergie yang. Le nombre de crânes suspendus à la ceinture du guerrier celte ou hun était une sorte d’indicateur de ses prouesses. Le crâne était considéré non seulement comme un symbole de victoire sur l’ennemi, mais aussi comme un moyen de protéger le vainqueur. De l’avis des Celtes, le pouvoir mystique contenu dans le crâne continue même après la mort du vaincu de servir son vainqueur. Les cavaliers celtiques allèrent au combat, attachant leurs multiples trophées crâniens aux lances et aux harnais des chevaux. Plus tard, le crâne est utilisé comme coupe sacrée dans divers rituels. Les têtes des ennemis moins nobles étaient clouées aux habitations. Au cœur de ces coutumes apparemment barbares est la notion que la tête est un don divin immortel. Si le Scythe commettait un meurtre, qu’il s’agisse d’un ennemi ou d’un proche parent, il sciait son crâne. La partie supérieure de ce dernier était soigneusement nettoyé et emporté, après quoi un bol était fabriqué à partir de celui-ci.  La moitié du crâne était couverte de cuir brut et de riches ornements.  Sur la base de cette croyance, les peintres médiévaux ont souvent dépeint des gouttes de sang coulant des plaies du Christ et tombant sur le crâne d’Adam pour symboliser la purification et le pardon de son péché. Parfois, le crâne d’Adam a été représenté comme inversé, sous la forme d’une sorte de coupe où le sang coulant du Christ s’accumule. Dans ce cas, la tête d’Adam est en réalité identifiée au Saint Graal. Le centre de composition est traditionnellement le crâne humain. De telles images étaient destinées à rappeler le caractère éphémère de la vie et de la futilité du plaisir, le crâne exprimant la futilité de l’effort pour maîtriser la connaissance et la sagesse.  Le crâne agit à la fois comme un symbole indépendant et comme l’attribut principal des figures personnifiées. Le symbolisme de l’impermanence de l’existence est véhiculé dans une série de peintures, unies par le même nom latin « Vanitas » littéralement « vanité ») un style de peinture baroque, une nature morte allégorique dont le centre de composition est traditionnellement le crâne humain. De telles images, le stade précoce de la nature morte, avaient pour but de nous rappeler le caractère éphémère de la vie, la futilité du plaisir et l’inévitabilité de la mort. À côté du crâne, ils ont souvent représenté … de la nourriture. Fruits, légumes, viande, autres produits périssables. Ensemble, ces objets étaient censés rappeler au spectateur la fugacité de la vie. « Dépêchez-vous de faire le bien », nous disent les auteurs de ces natures mortes, « la vie continue aussi vite qu’une pourriture ». Le crâne, en tant qu’attribut de la mélancolie personnifiée au-dessus du livre ouvert, exprime la futilité de ses efforts pour maîtriser la connaissance et la sagesse. La main du personnage, placée fermement sur le crâne, indique un profond respect pour le défunt.

La couronne (le plus souvent de Laurier ou de blé) placée sur le crâne témoigne éloquemment de la gloire posthume du défunt, symbole de résurrection. En outre, le crâne est considéré comme un symbole de victoire, et symbolise la protection contre la mort. Dans la Rome antique, le crâne symbolise la victoire de la vie sur la mort, symbole très prisé par les soldats pendant les processions de triomphe de la victoire, et toujours accompagné de cette célèbre l’expression latine : « Memento mori », « Souviens-toi que tu es mortel ».

Conclusion

Depuis la préhistoire, le crâne a joué un rôle très important dans le culte et dans la production de rituels. Beaucoup d’anciens peuples et tribus étaient convaincus que le crâne restait un contenant de force vitale (y compris après sa séparation du tronc), ce qui marqua clairement le début d’une large diffusion du culte du crâne. Une caractéristique commune à la plupart des sépultures non corporelles est la présence d’au moins un corps enterré, dont l’intégrité anatomique est artificiellement brisée avant l’inhumation. A cette fin la pratique de la décapitation, parfois suivie par la récupération du cerveau et l’enterrement du crâne, ainsi que d’autres parties du corps, l’isolement de la mâchoire inférieure, la libération des os du défunt des tissus mous pourraient être liés à la pratique d’un cannibalisme rituel du corps. Le ré-enterrement et l’enterrement sont connus selon le principe de « l’enterrement d’une partie au lieu d’un tout » (y compris l’enterrement des crânes individuels). Trois tendances sont combinées, dont deux sont mutuellement opposées. D’une part, c’est le désir de préserver, sécuriser le corps. De l’autre, l’évidence d’un certain degré de violence sur le corps, telle que sa destruction partielle ou totale (cannibalisme, crémation). Enfin, la modification du corps ou d’une partie seulement (crâne, mâchoire) en un objet de culte, de superstitions, de magie. Dans toutes ces tendances, les vues religieuses et magiques des paléanthropiens se reflètent dans leur relative unité et complexité : traces de rituel funéraire, culte des crânes humains, démembrement des corps… tout cela donne à penser que les premières preuves fiables de l’activité religieuse sont associées à la mort Comme nous avons pu le constater, dans la culture occidentale, la relation entre les vivants et les morts a subi ses changements fondamentaux à partir du XVIII e siècle. Le triomphe du concept moderne d’individualisme s’opposait aux concepts antérieurs du corporatisme, qui influençaient les attitudes modernes envers la mort. Comme l’a noté le célèbre sociologue français Jean Baudrillard, nous avons passé le chemin de l’évolution, dans lequel « les morts cessent progressivement d’exister ». Jean Baudrillard pense que, dans un contexte de mort imminente, tout devient plus misérable, ainsi l’absence d’une attitude sacrée à son égard au niveau individuel est directement liée à la désintégration de toute la société moderne. L’effet de la perception des restes du défunt a changé. On pense qu’ils sont non hygiéniques et peuvent perpétrer les épidémies. Les lieux sacrés doivent dorénavant être protégés contre la pollution émanant des corps ou la profanation. De nos jours, l’interaction entre le monde des vivants et celui des morts est de plus en plus considérée comme une barrière impénétrable, excluant la relation entre les deux mondes. Nous délaissons notre passé, nos ancêtres, en conservons quelques souvenirs mais cela n’ira jamais plus loin. Enfin, est-il étonnant qu’un ocre rouge contenant de la chaux soit régulièrement découvert au sein de tombes Néolithique ? Cela a empêché la propagation des bactéries putréfactives, l’émergence d’épidémies qui pourraient détruire toute la tribu. On sait que les tribus modernes des Aborigènes utilisent l’ocre pour s’habiller. Qui sait, peut-être était-ce également le cas de nos ancêtres néandertaliens … Ainsi, il semble que l’ocre pour l’Homme de Neandertal était un moyen efficace afin de lutter contre la décomposition des corps, une résine efficace résistant à l’usure du temps mais également permettant de lutter contre les invasions de décomposant naturels tel que les insectes ou peut-être même encore les charognards, ainsi qu’un prémices antiseptique, enfin l’ocre était simplement un moyen nécessaire pour une survie réussie non seulement du corp vivant mais également du corp mort. Traitement des plaies purulentes, des fractures des os, la présence d’ocre sur des échantillons d’amulettes crânienne découverte sur le site Turque de Göbekli Tepe n’est certainement pas accidentelle et dans tous les cas nous précise la nature rituelle, médicale mais surtout pratique de celle-ci dès le Néolithique. Progressivement, beaucoup de ses propriétés tomberont dans l’oubli. Or, l’ocre n’est perçu que comme un colorant, de nos jours en particulier, il est largement utilisé dans la fabrication de cosmétiques de luxe, bien que les fonctions de cette roche soient en fait beaucoup plus diversifiées. Enfin Le crâne, réceptacle de l’âme, conserve son contenu spirituel, invisible, une partie de la personnalité du défunt, avec lequel le vivant peut communiquer. Le rite funéraire au Néolithique, dans lequel, à en juger par les restes d’amulettes découvertes, renforce intimement ce lien. Les ancêtres morts font ainsi intégralement partie du monde vivant.

Göbekli Tepe un culte du crâne du néolithique révélé par les chercheurs-2
Détails d’amulettes crâniennes régulières et irrégulières, site archéologie de Göbekli Tepe, nous pouvons remarquer la présence d’une profonde encoche sur certains échantillons dont certaine présente une pigmentation rougeâtre plus ou moins prononcée. L’ocre est surtout utilisé à des fins de conservations lors de la confection d’objet fragiles nécessitant une protection contre les ravages du temps comme dans le cas de ces amulettes. Les entailles étant pratiquées lorsque l’os est encore souple, il ne fait aucun doute que l’ocre agit ici comme « vernis » protecteur outre sa caractéristique rituelle. fig.A : le bord gauche laisse supposer qu’il fait partie d’une suture, le bord inférieur est cassé, les bords extérieurs sont coupés. La fracture centrale s’est-elle produite dans le sol ou pendant la manipulation faite au Néolithique ? 10 Crédit Photographique : Julia Gresky, German Archaeological Institute

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Figure 1 De G.à D : Amulette à encoche, à bord falciforme, à demi régulière (Dolmen de la « cave des fées, Lozère) ; Dolmen de la Gailline (Lozère); Tombeaux des Poulacres. 11

 

Notes

1 La vénération des reliques remonte aux premiers siècles de l’histoire chrétienne. Au siècle de la persécution, quand le martyre était pour les chrétiens une manière de témoigner de leur foi en la vérité de la résurrection du Christ d’entre les morts, et qui se sont produits après que la victoire sur la mort, dans l’espoir de résurrection future des croyants ont utilisé tous les moyens pour entrer dans leur possession et de conserver dans le corps intact les coreligionnaires, et les lieux de leur enterrement sont devenus des sanctuaires, où le culte chrétien naîtra. A la fin du IIIe – début du IVe siècles, un certain nombre de clercs appelleront à un déni de cette pratique considéré comme indigne coutume païenne de la part de communauté chrétiennes. La première décision du conseil de l’église concernant la vénération des reliques fut prise par la cathédrale carthaginoise (393-419). De nos jours il est encore intéressant de remarquer que certaines associations chrétiennes dénoncent cette pratique qu’ils considèrent, je cite : « Comme d’abominables rites païens ».

 

2 Nous pouvons même remarquer la présence d’une suture semblable aux rondelles découverte en Lozère près du dolmen dite de la « Cave des fées » (fig 1) ou encore sur les côtes méditerranéennes.

 

3 Paul Broca, Sur les trépanations Préhistoriques p.197-198

 

 4 A. GloryRomain Robert, Le culte des crânes humains aux époques préhistoriques

Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris Année 1947 8 pp. 114-133

5 A. Glory, R. Robert, Société d’Anthropologie de Paris, P.130, 1947

 6 L’Uomo fossile del monte Circeo : un cranio neandertaliano, XXIX, 1939, Rome.

 7 A. Glory, R. Robert, Le culte des crânes humains, P. 131. 1947

8 Ils mènent une « guérison de l’âme » ou « l’expulsion du diable ». Le professeur d’anthropologie John Verano souligne que c’est dans ce but qu’une telle opération a été menée au Moyen Âge. En reprenant la théorie traditionnaliste particulièrement répandue : celle des pères fondateurs de l’anthropologie Edward Tylor (1832-1917) et de James Georges Frazer (1869-1941), Jean Pierre Albert réduit la libération de l’âme et la sérénité de celle-ci à la simple décomposition de chairs. Or, dans la plupart des rites funéraires, et notamment ceux dont le rite consiste en une double inhumation des corps, la symbolique du crâne voire la trépanation joue un rôle à ne pas négliger dans la libération de l’âme du défunt. C’est d’ailleurs essentiellement ce rituel consistant à honorer le crâne du proche qui permet d’apaiser le courroux de son esprit.

 

9 L’intervalle de temps est exclusivement liée au cycle de décomposition des corps. En effet, l’âme du défunt continue de s’approprier son ancien corps, et sa libération ne se produit qu’après décomposition complète des chairs. Le sociologue français Robert Ere, qui a d’abord attiré l’attention sur cette croyance, croit que la crémation est apparue comme un moyen d’accélérer ce processus de libération de l’âme.

 

10 Dans le cas d’une telle dentelure, plusieurs questions se pose alors : – La cassure est-elle émanant d’une cause naturelle ou de la main de l’homme ? Dans le cas d’une fracture volontaire, une encoche artificielle profonde est alors pratiquée sur le bord cassé, puis, une seconde encoche est entaillé sur le bord opposé de l’amulette, enfin, une union de l’ensemble est pratiqué par le biais d’un sillon peu profond afin de permettre la mise en place du cordon de suspension. Une possible subdivision des fragments dans le but d’en céder une partie à un tiers de la tribu ou dans un but commercial est également envisageable.

 11 Paul Broca, sur la trépanation des crânes et les amulettes crâniennes à l’époque néolithique. But de la trépanation posthume. Description des amulettes crâniennes, revue d’anthropologie P.193-197-198.

 

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