D’aucuns les associent à la notion d’un double humain, au réceptacle de son âme, d’autres évoquent un culte unique des ancêtres. Phénomène unique dans l’histoire du développement de la culture Khakassienne, les masques mortuaires Tashtyk reflète parfaitement les changements fondamentaux culturels et ethniques complexes qui se sont produits entre le Ier et le Ve siècle sur le territoire de la Sibérie méridionale. Cette découverte est d’autant plus importante, qu’elle nous permet d’aborder d’un angle totalement différent les rites funéraires de cette période. Étude de cas : Les masques funéraires retrouvés au sein de nombreuses sépulture issues de la culture Tashtyk. Il a été établi qu’avant l’inhumation des corps, ceux-ci  étaient soumis à la momification, à la trépanation du crâne et au moulage de celui-ci. Le corps est finalement embaumé, les organes internes sont soigneusement ôtés puis soumis à un lavage permettant une purification du corps avant que celui ci n’entreprenne sont voyage vers les nombreuses épreuves qui lui permettront d’accéder finalement vers l’autre monde. Les études d’anthropologues ont démontré que le corps des femmes était systématiquement conservé intacts, tandis que celui des hommes est le plus souvent soumis au rite de la crémation comme rite de purification par le feu cette fois ci. Les masques funéraires se compose d’un mélange blanc, généralement pris pour du minéral gypse. Certains masques présentent des traces d’usures, certains sont fissurés alors que d’autre sont même découvert en partie calcinés. Mais tous conservent une déconcertante solidité.  La solidification prolongée du gypse est expliquée par l’augmentation de la résistance de la structure de cristallisation lors du séchage. La cristallisation dure pendant des heures et même des jours. Il est également à noter que le taux d’hydratation dépend de nombreux facteurs et continue après le durcissement du gypse. Même après 7 jours, l’hydratation n’est pas encore complète. La chaux en revanche, possédant presque toutes les propriétés du gypse, obtient sa solidification par simple combustion. Il est possible alors que dans le flot d’échantillons de masques découverts nous ayons affaire à une sorte de composition hybride de gypse et de chaux, le tout lié d’un léger mélange de sable fin de quartz, ou encore de kaolins blancs comme nous pouvons le trouver à l’heure actuelle le long des rives de l’Abakan. En attendant, une chose est certaine – les masques funéraires du bassin Minoussinsk ne sont pas faits de gypse pur mais d’une sorte de terre cuite dont la composition nous est encore inconnue, cuite après moulage pour ainsi résister avec succès à une détérioration provoquée par l’humidité du sol. Si cette terre cuite a très bien résisté au temps, elle présentera une forte calcination diffuse certainement provoqué par sa cuisson. Tous les masques ou presque sont vraisemblablement directement moulés sur le visage du défunt, ou à partir de son image, le plus souvent esquissée à la main. La présence de cette hypothèse est notamment confirmée par la présence de masques dont certaines parties du visage sont interprétées schématiquement, par exemple, un nez en forme de demi-cône dont les narines sont absentes. Il est possible qu’une telle méthode ait aussi été causée par des détériorations partielles des formes originales, il alors semblait nécessaire de mettre en place une restauration partielle ou totale des parties manquantes sur la matrice originale. Il est à présent nécessaire de se poser la question quant à une possible relation entre la découverte de ses masques funéraires et le culte des morts et ainsi de savoir dans quelle mesure cette hypothèse correspond à l’ensemble du parcours antérieur de développement des formes de culte au Ienisseï moyen. Notons d’ailleurs que depuis l’antiquité se retrouve des signes évidents d’adoration des ancêtres au cœur du bassin Minoussinsk. Parmi ceux-ci, les stèles de pierre de Karassouk représentant des visages humains, parfois incroyablement réalistes, de cerf ou de taureau stylisés. Dans les ornements des stèles de Karassouk, il a pu être distingué d’anciens symboles chinois. Cependant, leur comparaison avec Tashtyk prouve une nouvelle fois l’indépendance de ces derniers et le caractère unique des masques. Les masques funéraires chinois ne révèlent absolument pas le désir de la réalité du portrait. Ils restent dans la convention rituelle. À cet égard, les masques funéraires Tashtyk convergent avec leurs homologues occidentaux. Cependant, il n’existe pas encore de données permettant de confirmer formellement le lien direct entre ces deux formes de rite funéraires. Les masques de Tashtyk étaient un phénomène remarquable, se développant principalement indépendamment. Ainsi, à la fois l’observation directe et l’étude anthropométrique des masques indiquent le processus de changement de l’ancienne population homogène caucasoïde de la dépression de Minoussinsk à l’époque de Tashtyk. Par conséquent, les masques funéraires suggèrent d’une très grande importance historique : ils fournissent une base permettant de faire le lien entre la formation de la population Khakasses moderne avec toute l’histoire du bassin Minoussinsk.

 

Crédit Photographique : Muséum d’Histoire de Moscou, Musée de l’ Ermitage.

Sources et références bibliographiques :

Christian, David. A History of Russia, Central Asia and Mongolia. Blackwell Publishers, 1999

Christoph Baumer, The History of Central Asia: The Age of the Steppe Warriors, 2012

Natalie R. Franklin, Matthias Strecker, Rock Art Studies – News of the World Volume 3, 2008