La préservation du patrimoine archéologique pour les générations futures devrait être considérée comme l’une des directions les plus importantes de la politique culturelle mondiale, comme une norme intégrale de comportement dans la résolution de tout problème de développement moderne. Tous les États devraient s’efforcer d’assurer la préservation des monuments archéologiques sur leur territoire, en partant du fait que le patrimoine archéologique est un témoignage de la richesse culturelle et la profondeur de la mémoire historique nationale.

 

En outre, plus la croissance industrielle progresse, plus l’importance est attachée à la préservation des antiquités nationales. Il ne s’agit pas seulement de préserver les découvertes archéologiques dans les collections de musées, mais surtout de préserver physiquement les sites archéologiques dans le paysage, les sépultures, les restes d’installations de production anciennes et les objets religieux.

 

La loi protégeant le patrimoine archéologique et historique Français, adoptée en 1989, puis reprise en 2004, nécessite une préservation inconditionnelle des sites archéologiques en France, en accordant une grande attention à ces lieux. Étant donné qu’ils sont des biens de l’État, des poursuites pour fouilles illégales peuvent être faites sur la base des articles L531-1 et L542-1 du Code du patrimoine qui détermine la responsabilité du vol dont la découverte a été réalisé au moyen de détecteurs de métaux. Pour lutter plus efficacement contre les fouilles prédatrices, il est absolument nécessaire d’adopter un acte réglementaire régissant la vente et l’utilisation de détecteurs de métaux. La question de la réglementation juridique des biens culturels mobiliers sur le territoire Français revêt une importance exceptionnelle. En mai 2003, la Conférence de Berlin sur l’archéologie illégale a proposé l’introduction d’une règle stricte interdisant la vente d’antiquités sans documentation officielle confirmant leur « Origine légale ».

Cependant, la situation réelle qui s’est développée dans ce domaine est loin des principes déclarés et cause une profonde préoccupation. La préservation du patrimoine archéologique signifie, d’une part, la préservation de 520.000 objets par an.

La principale menace pour les monuments archéologiques jusqu’à peu, était la construction moderne. Pour cette raison, la préservation du patrimoine archéologique présupposait tout d’abord la contre-réaction à l’invasion de la civilisation moderne dans les territoires saturés d’antiquités, la prévention de la destruction des objets anciens par les constructeurs modernes. Cependant, très récemment, un nouveau facteur de destruction du patrimoine archéologique est apparu.  Il s’agit des fouilles prédatrices. Une vague de fouilles issu de braconnage dans le sens entier du terme balaye depuis quelques années la France et à plus grande échelle, la plupart des sites archéologiques mondiaux. L’exploitation barbare des antiquités s’est transformée en une pêcherie bien organisée et rentable, dans laquelle des centaines de personnes sont impliquées. Depuis plusieurs années, archéologues, conservateurs de musées, tous alertent sur une hémorragie historique et anthropologique que rien ne semble arrêter. Cependant, la voix des professionnels, abandonnée par la publicité puissante de la chasse au trésor considéré comme un nouveau sport, reste presque inaudible.

 

Le pillage des monuments archéologiques, commencera à prendre de l’ampleur à la fin du XXe siècle et deviendra un réel danger prenant une ampleur considérable au cours des dix dernières années. Cette amplification sera causée par plusieurs facteurs. L’un d’entre eux est l’engouement pour les antiquités en France, et ce depuis dix ans. Ils sont soudainement devenus une « marchandise » à part entière, l’une de ces « ressources naturelles », dont l’extraction n’exige pas de grandes dépenses et dont les ventes « habiles » génèrent un profit élevé.

 

Le second facteur, est la propagation de détecteurs de métaux hautement sophistiqués qui sont apparus en Europe et aux États-Unis à la fin des années 1980. Les premiers organisateurs de fouilles illégales étaient étroitement associés à des clubs de recherche qui utilisaient des détecteurs de métaux pour collecter des objets datant de la Seconde Guerre mondiale.

 

Enfin, l’apparition de détecteurs de métaux a fondamentalement facilité la possibilité d’extraire des choses anciennes de leur couche culturelle et des sépultures, rendant le travail des pilleurs beaucoup plus efficace et destructeur. Enfin, paradoxalement, l’une des sources qui nourrissent les activités des pilleurs de site, est l’intérêt croissant pour le passé, l’insatisfaction des nouveaux groupes sociaux avec ces formes de familiarisation avec le passé (par le biais de livres, d’expositions de musées, etc.) formés antérieurement dans la société.

 

La présence d’un halo romantique autour des fouilles illégales est facilitée par leur propre nom de « chasseur de trésor », terme largement relayé dans la presse, la télévision et sur internet. Ce mot, ainsi que les termes « activité de recherche » ou encore « archéologie noire », cachent la véritable essence de cette activité, créant l’illusion que ces fouilles non autorisées recueillent des trésors orphelins, voués à l’oubli par la science officielle. En réalité, l’extraction de ceux qui se disent « Chasseurs de trésors », ne sont pas des trésors, mais des objets anciens, pillés au sein même d’anciennes sépultures, lieu de vie d’anciens peuples et monuments archéologiques échappant totalement à la protection de l’État. La vente d’antiquités a traditionnellement été une source de subsistance pour une partie de la population dans de nombreux pays, principalement au Moyen-Orient et en Amérique latine. Aujourd’hui, les fouilles illégales ont été largement exploitées également en France. Pourtant, on croit généralement que l’exportation des antiquités est le seul moyen de ressource de certains pays pauvres. Avec la prolifération et l’amélioration des détecteurs de métaux, les fouilles prédatrices deviennent de plus en plus simples. Les structures étatiques responsables de la protection du patrimoine culturel en Occident, répondent rapidement au nouveau danger. Cependant, l’ampleur de l’activité prédatrice sur les monuments anciens d’Europe est incontestablement croissante. La perte du patrimoine culturel à la suite de telles fouilles est habituellement perçue comme une perte « physique » d’artefact ancien qui seront perdus à tout jamais.  Lorsqu’on discute de ce sujet, la question se pose souvent des prix pour lesquels partent les objets lors de ventes aux enchères. S’il est impossible d’estimer le montant précis des dommages, pour l’Histoire, l’essence principale de la perte est la perte de connaissance du passé, la perte d’informations qui ne pourront jamais être restaurées.

Les fouilles prédatrices détruisent la possibilité même d’obtenir de nouvelles connaissances historiques. Il ne reste qu’un tas d’objets, dont l’emplacement et les circonstances sont inconnus et sont « nettoyés » de leur histoire, dont l’étude ne révèle plus l’image du passé dans son intégralité. Ainsi, la lutte contre le pillage est maintenant apparue comme l’une des tâches les plus urgentes dans le domaine de la préservation du patrimoine historique et culturel de notre pays. D’autre part, malgré l’abondance de réseaux de revente d’antiquités, le fait que l’origine de ces objets soit le résultat d’excavation illégale, ne peut généralement pas être prouvé, si les principaux acteurs de ces fouilles ne sont pas directement pris la main dans la fosse.

Toute amélioration des normes juridiques qui déterminent les relations liées aux objets archéologiques n’entraînera pas de résultats sans l’arrêt de publicités expliquant les découvertes possibles grâces aux détecteurs de métaux. D’une certaine manière, une acceptation plus ou moins dissimulée de « L’archéologie noire ». Une véritable politique de l’autruche.  En faisant de rapides recherches, on se rend d’ailleurs très vite compte que certaines enseignes précisent : « La chasse au trésor est à vous » Cette publicité se concentre donc sur une certaine forme de pillage sans l’évoquer entièrement, elle sous-entend la découverte possible d’objets précieux donc dans la plupart des cas anciens. Et même si les vendeurs ne sont pas responsables de l’utilisation déviés de ces détecteurs par leurs clients, il s’agit d’une violation directe de la législation actuelle sur les objets du patrimoine culturel. Hélas, la France étant elle-même un immense site archéologique à ciel ouvert, elle permet avec facilité, la multiplication des pilleurs qui ne maîtrisent que trop bien les méthodes professionnelles de recherche de sites archéologiques, anticipe ainsi la présence d’archéologues de métier sur le terrain, empêchant ainsi la découverte de nombreux monuments, voire de sépultures essentielles à notre passé et donc également à notre présent. Malheureusement, la plupart de ces fouilles prédatrices sont considérées comme un hobby inoffensif. Et leur véritable pouvoir destructeur n’est pas toujours réalisé par la société. Au final si cette hémorragie archéologique ne cesse de prendre de l’ampleur comme c’est le cas actuellement, si une réelle révision, concrète et surtout efficace des textes de loi n’est pas entreprise, au cours des dix prochaines années, la France, l’Europe et à plus grande échelle, le monde perdra la majeure partie de son patrimoine archéologique.

Code du patrimoine Version consolidée au 1 juillet 2017

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