Résumé

 

Un corps, retrouvé mystérieusement dans une tourbière Danoise en 1950. Couché sur le ventre, une corde nouée autour de son cou fragile. Sur les lieux, des conclusions seront tirées à la hâte : Il a certainement été sacrifié au nom de la Déesse de la fertilité : Nerthus ! Mais est-ce vraiment le cas ? Alors qu’en 1950 la datation n’en est qu’à ses balbutiements, le corps de l’Homme de Tollund est-il réellement contemporain de l’âge du fer Danois ? Assassinat ? Pendaison ? Sacrifice ? Consécration ? Le corps à t-il réellement été enterré sur les lieux de la découverte ? A partir de l’étude et de la traduction de documents Danois de l’époque, une nouvelle enquête en plein cœur des tourbières du Danemark pourra éclairer les nombreuses zones d’ombres entourant la fin tragique de cet homme.

 

Mots clés : Danemark ; Momie ; Bog Bodies ;Tourbière ; Sacrifice ; C14 ; Enquête

 

 

Abstract

 

A body was found mysteriously in a Danish bog in 1950. Lying face down, a rope knotted around his weak neck. Analysis concluded that the body was certainly sacrificed for the goddess of fertility: Nerthus! Is that right ? Whereas dating is still in its infancy, is the Tollund Man’s body truly contemporary with the Danish Iron Age ? ? Assassination? Hanging? Sacrifice? Consecration?  Body has been buried where it was found ? With old Danish documents; a new investigation in the peatlands Denmark will give the true facts about the tragic death of this man.

 

Keywords : Denmark; Mummy; Bog Bodies; Bog; Sacrifice; C14; Investigation

 

 

 

 

 

Introduction

 

La partie la plus ancienne de l’âge du fer (à partir de 800 av. J-C en Europe du Nord) est communément appelé l’âge du fer celtique parce qu’elle a eu lieu en même temps que la période Celtes, la culture celtique était alors dominante en Europe centrale. Certains préfèrent la nommer période d’âge de fer pré-romaine, estimant que le nom « âge celtique de fer » peut provoquer des associations erronées vers un noyau Danois purement Celtique. L’ancien nom géographique du Jutland était Chersonèse Cimbrique, la péninsule Cimbres, appelées précisément ainsi parce que les Cimbres composaient la majeure partie de la population du Jutland. D’autres hypothèses ont également été avancées. Le Suédois Oluf Rudbeck place la population Cimbres dans le cadre de la ville de Simrishamn du comté de Skåne. Le médiéviste Allemand Karl Viktor Müllenhoff (1818-1884) certifiait à l’époque une population Cimbres venu du nord de l’Allemagne. Un Anglais, James Rankin, pensait que les Cimbres était l’une des tribus perdues d’Israël. Mais pour les plus importants auteurs anciens tel que Ptolémée (100 ap. J.-C- 168 ap. J.-C), Pline l’Ancien (23 ap. J.-C.-79 ap. J.-C) et Strabon (64 av. J.-C, entre 21 et 25 apr. J.-C.) les Cimbres vivaient sur une péninsule dans le Nord de l’océan entourée d’innombrables îles. Rien indique qu’il y ai eu des Celtes au Danemark ou que la culture celtique ai dominé. Le Sud de la Scandinavie se composait essentiellement d’un noyau purement germanique, et cela est confirmé par de nombreuses découvertes archéologiques. Cependant, la culture Celtique présente au Danemark est supposée s’être développée à l’époque de « La Tène » ou second âge de fer (450 av. J-C à 25 av. J-C) qui amena la civilisation celtique à extraire le fer et le minerai de fer dans les régions Scandinaves, notamment dans les tourbières.
La présence de minerai de fer se trouve principalement dans des zones humides, en particulier le long des cours d’eau et des lacs où les nappes phréatiques sont très riches en fer. Le minerai forme alors des couches plus ou moins compactes sous la surface du sol. De loin, les plus gros dépôts de minerai se trouvent sur la péninsule du Jutland dont le sol est sablonneux et sans calcaire. Le développement du fer a d’ailleurs toujours traditionnellement situé dans le Jutland, et il est pertinent de penser que l’âge de fer a trouvé son origine en plein cœur de cette péninsule Danoise permettant le développement de la fabrication d’outils, d’armes, et de commerce.

 

 

 Évolution climatique

Le Danemark à l’âge du fer était très similaire de sa formation géographique actuelle, mise à part le littoral du Jutland Nord qui était probablement plus à l’ouest que de nos jours. Les fouilles archéologiques ont d’ailleurs montré que les côtes Danoises étaient déjà habitées à l’âge de pierre. Le bras de mer du Limfjord était ouvert à la mer du Nord. Certains archipels, tels que Helgoland, Vresen, Hven et Saltholm, étaient plus grands dans le passé qu’ils ne le sont actuellement. Le bras de mer du Lammefjord, Saltbæk Vig, étaient des fjords peu profonds à l’époque de l’âge du fer.

La côte Ouest du Jutland a toujours été dangereuse, et il est difficile d’imaginer qu’à l’âge du fer de frêles embarcations ou de galères romaines pouvaient naviguer dans ces eaux, comme l’a raconté l’empereur Auguste :

« Ma flotte a navigué vers l’est sur l’Océan de l’embouchure du Rhin jusqu’au pays des Cimbres, pays où aucun Romain n’était allé auparavant ni par terre ni par mer. Les Cimbres, les Semnons et d’autres peuples Germains de la même région m’ont fait demander par des ambassades mon amitié et celle du peuple romain. »[1].

La première moitié de l’âge de fer celtique a été une période froide contrastant avec la période de chaleur et d’aridité minoenne qui s’est produite au milieu de l’âge du bronze. Au XIX -ème siècle, le Norvégien Axel Blytt et le Suédois Rutger Sernander ont développés leur théorie division périodique du climat holocène à partir d’études sur les échantillons de mousses de tourbe danoises. Selon leur théorie lorsque le climat est humide et froid, une couche de mousse se développe rapidement, ce qui donne à la tourbe une couleur claire. D’autre part, si le climat est chaud et sec, elle se développe lentement, donnant à la tourbe une couleur foncée. La théorie de Blytt et de Sernander a fait l’objet de nombreuses critiques, mais certaines de leurs découvertes ont été confirmées, y compris la transition climatique, qui a eu lieu vers 600-700 av. C’est-à-dire quelques centaines d’années avant la transition de l’âge du fer à l’âge du bronze. Il ne fait aucun doute que la période de l’âge de fer celtique était un temps froid et humide. Des études sur les mousses d’Europe du Nord dépeignent l’image d’un changement climatique marqué par un climat froid et pluvieux à l’âge de fer et un climat sec et ensoleillé à l’âge de bronze. Les nappes phréatiques, gorgées d’eau à l’Age du fer on alors permis la formation de nouvelles tourbières.

Dans les régions basses, notamment aux Pays-Bas et au Danemark les agriculteurs ont cependant ​​dû abandonner leurs exploitations lors de la période de sécheresse qui a commencé tout à coup vers 250 av. J.-C. Et le climat Scandinave est de nouveau devenu relativement chaud et ensoleillé, mais pas aussi chaud qu’il l’avait été pendant la période minoenne au milieu de l’âge du bronze.

[1] Omnium prov[inciarum populi Romani], quibus finitimae fuerunt gentes quae non p[arerent imperio nos]tro, fines auxi. Gallias et Hispanias provincias, i[tem Germaniam qua inclu]dit Oceanus a Gadibus ad ostium Albis flumin[is pacavi. Alpes a re]gione ea, quae proxima est Hadriano mari, [ad Tuscum pacari fec]i, nulli genti bello per iniuriam inlato. Cla[ssis m]ea per Oceanum] ab ostio Rheni ad solis orientis regionem usque ad fi[nes Cimbroru]m navigavit, quo neque terra neque mari quisquam Romanus ante id tempus adit, Cimbrique et Charydes et Semnones et eiusdem tractus alii Germanorum popu[l]i per legatos amicitiam meam et populi Romani petierunt. Meo iussu et auspicio ducti sunt [duo] exercitus eodem fere tempore in Aethiopiam et in Ar[a]biam, quae appel[latur Eudaemon, [maxim]aeque hos[t]ium gentis utr[iu]sque cop[iae] caesae sunt in acie et [c]om[plur]a oppida capta. In Aethiopiam usque ad oppidum Nabata pervent[um]est, cui proxima est Meroe. In Arabiam usque in fines Sabaeorum pro[cess]it exercitus ad oppidum Mariba. Notes et Traduction Alain Canu

 

Sacrifice ou consécration ?

 

Les momies des tourbières sont immédiatement associées au terme de sacrifice. Cependant les consécrations étant également très présentes dans la culture Nordique à l’âge du fer [2], il est important de comprendre parfaitement la différence entre consécration et sacrifice (ce dernier étant régulièrement utilisé à contre sens.) Frédéric-Guillaume Bergman (1812-1887) dans son ouvrage « La filiation généalogique des Scythes aux Gètes et des Gètes aux Germains et Scandinave » nous permet d’apporter la lumière sur cet abus de langage. Il explique ainsi que les cérémonies à but sacrificiels sont avant tout un don comestible offert à la divinité afin de nourrir le Dieu Hôte. Il existe deux types de sacrifices : privé ou publique. Les sacrifices publics sont avant tout des repas offerts à la divinité ainsi qu’à la tribu tout entière assistant au sacrifice lors de festivités durant plusieurs jours. A contrario, les sacrifices privés sont organisés hors jours de festivités et ne concernent que les membres de la famille ainsi que les personnes que l’on considérait comme affilié par le sang. Chacun pouvait alors prendre part au festin organisé le jour même du sacrifice. Enfin on ne sacrifié que des victimes dont on pouvait en goûter la chair. Strangulation, égorgement par glaive ou couteau, étaient les moyens de mise en œuvre des sacrifices : la manière d’immoler les victimes différenciait d’une tribu à une autre, cependant le sang était systématiquement recueilli dans un chaudron ou dans un bol que l’on appelait « bol de sacrifice » afin d’en apprécier la couleur, les vapeurs ainsi que sa coagulation, le tout permettant simplement de prédire les événements futurs.  La consécration quant à elle est entièrement composée de victimes humaines :

« Les victimes immolées n’étaient pas des animaux mais des hommes. » [3]

Ainsi il ne s’agit pas dans le cas présent de victimes sacrifiées dans le but de nourrir le Dieu-Hôte mais de permettre au consacré ou au dévoué d’accéder au statut suprême de messager divin afin d’y porter les prières et les souhaits des hommes de la communauté. La mise à mort exécutée, le dévoué peut ainsi accéder au ciel aux côtés de la divinité afin d’en être le nouveau serviteur. La consécration au-delà du sacrifice humain, est avant tout usitée à but purement religieux et spirituel. Elle est avant tout usuelle des peuples dont les croyances reposent sur la continuation de la vie après la mort. On estime qu’à l’époque, chaque année, un prisonnier sur cent, enfermé dans le cours de l’année, revenait à Dieu. Ces prisonniers, et même parfois quelques esclaves choisis étaient alors considérés comme futur serviteur divin et à ce titre devait être dans les jours suivant exécutés. C’était alors une faveur considérée comme divine, faite aux prisonniers puisqu’ils avaient été jugés désignés par le destin afin de devenir le serviteur de Dieu. Le consacré bénéficiait par ailleurs des mêmes traitements royaux que le propre Roi lui-même et cela pendant toute la durée des festivités précédent la consécration du futur serviteur. Autrement dit, la consécration est « une mise à mort divine » bien différente du sacrifice qui, dans le vocabulaire reste un terme général.

 

[2] Tacite décrit en détail le culte de Nerthus : « Dans une île de l’Océan s’étend une forêt sainte. Elle abrite un char consacré, que dissimule un voile. Un seul prêtre est autorisé à le toucher. Il prend conscience de la présence de la déesse dans le sanctuaire, fait atteler le char par des génisses et le suit avec grande vénération. Viennent alors des jours de liesse. C’est la fête dans les endroits que la déesse juge dignes de l’accueillir et de l’héberger. On n’entame pas de guerres, on ne prend pas les armes. Tout fer est enfermé. Ce n’est qu’alors qu’on connaît le calme de la paix, ce n’est qu’alors qu’on l’apprécie. Il en est ainsi jusqu’à ce que le même prêtre rende à son temple la déesse comblée par son séjour chez les mortels. Ensuite le char et le drap et, si on le trouve crédible, la divinité elle-même sont immergés dans un lac à l’abri des regards. Ce rite est accompli par des esclaves que ce même lac immédiatement engloutit. De là, la peur du mystère et l’inviolable ignorance de ce que seuls voient des êtres qui vont mourir. Tacite, La Germanie, XL 2 à XL 4
[3] Les Gètes, ou La filiation généalogique des Scythes aux Gêtes et des Gètes aux Germains et aux Scandinaves, Frédéric-Guillaume Bergmann Chez Treuttel et Würtz, 1859, P278-279

 

Corps des tourbières : Éternels repentis ?

 

La majorité des corps retrouvés, une corde nouée enserrant le cou (Fig.1, Fig.2), ne présentaient aucune fracture nette des cervicales (Les fractures des vertèbres cervicales est un signe révélateur de la pendaison avec chute)), il est possible qu’après leur mort, les corps aient été trainés ainsi jusqu’au lieu de leur sépulture de fortune dans un but humiliant, puisqu’ils avaient vécu comme des chiens, fallait ils qu’il meurt également comme des chiens, une corde autour du cou pour l’éternité ? Serais ce par esprit de pénitence ? Rappelons qu’au Moyen Âge une corde était passée autour du cou des coupables afin qu’ils effectuent des processions pénitentielles dans les lieux de cultes où ils avaient commis leurs méfaits. Ce peut-il alors que cette peine soit un héritage traditionnel des peines infligées à l’âge du fer en Europe du Nord ? Ce serait alors un indice essentiel permettant de déterminer les corps de simples condamnés à mort aux corps de sacrifiés. Cette piste de réflexion permettrait également d’expliquer ainsi leur nudité, d’autant plus en prenant en compte le phénomène de conservation exceptionnel de la tourbe ne serait-il pas étonnant que certains vêtements soient retrouvés et pas d’autre ? dans un dernier geste d’humiliation les corps sont ainsi entièrement dépossédés de leur vêtement contrairement aux sacrifiés qui eux, dépourvu de corde sont également entièrement vêtus. Rappelons également que la pendaison était considérée comme mort entièrement dépourvus de dignité. Ce qui de nouveau, corrobore avec cette corde et cette nudité que l’on retrouve chez certains corps Car les études montrent que l’absence de fractures aux niveaux des vertèbres cervicales, n’est pas le signe de non pendaison mais d’une pendaison sans chute [le poids du corps ne fracture pas de façon nette des vertèbres cervicales, ce qui est le cas lors d’une pendaison avec chute], la personne décédée n’a pas de fracture mais une compression des veines jugulaires, des voies respiratoires et des artères carotides doit être présente. Une variante de ces rituels existait également, celle-ci consistait à nouer une corde tressée autour du cou du condamné et à diriger une épée sur sa nuque ou contre sa poitrine.  Ce rituel était clairement une menace d’exécution. La corde, placée autour du cou permettait alors soit de conduire les condamnés jusqu’au lieu d’exécution, soit de les bannir de la ville.  Ned Kelly, conservateur des antiquités irlandaises au Musée National d’Irlande a proposé une théorie par laquelle il a tenté d’expliquer pourquoi les quarante corps retrouvés dans les tourbières irlandaises ont été enterrés le long des frontières. Il croyait que les enterrements étaient des offrandes aux dieux de la fertilité et était la clé d’une gouvernance réussie. Cette explication, bien sûr, peut être appliqué à la majorité des corps des tourbières irlandaises, mais quid du reste des momies d’Europe du Nord ? Sacrifice rituel, condamnation à mort ou assassinat ? Autre découverte dans les écrits de l’auteur romain Tacite, écrit au début de l’an 98. Il mentionne certaines traditions intéressantes dans leur crime lié à la culture et à la punition pour péchés tel que « la lâcheté, la paresse, et les vices contre nature » (sans doute, l’homosexualité et la promiscuité) les auteurs de ces « vices était de jetés dans un marais et fouetté avec des branches de saule. Bien que le sacrifice soit souvent la principale hypothèse évoquée par les anthropologues en ce qui concerne les corps féminins découverts, on constate également que dans certaines région Nordique et notamment au Danemark, le mari trompé pouvait demander la peine de mort à l’encontre de sa propre femme, principalement lorsqu’elle sera reconnue coupable d’adultère. Elles étaient alors déshabillées, les cheveux rasés, mise hors de la maison et fouettée devant tout le village avant leur mise à mort.  Tacite [4] suggère également qu’il est usuel dans les marais que ceux qui ont violé les lois ou les tabous sociaux soient noyés. Un détail remarquable :  les proportions inhabituelles des corps des tourbières qui ont tous certains défauts physiques. L’un des corps, l’homme de Lindow Moss avait six doigts, d’autres présentait une colonne vertébrale déformée ou des jambes plus courtes. Ces personnes pouvaient être choisis pour le sacrifice, car selon la croyance, les dieux semblaient les rejeter en raison d’un handicap physique. Cependant, personne ne peut nier que les marais sont des endroits dangereux, et nous ne pouvons pas exclure la possibilité que certaines « tombes des marais » soit le résultat d’un accident. Les gens pouvaient simplement tomber et se noyer. Parmi eux ses peuples se trouvaient des pauvres, des femmes mortes en couches et qui selon les cas étaient mises en terre ou non.

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Fig. 1&2 Homme de Tollund, découvert en 1950 une corde encore nouée autour de son cou. Framepool.

 

 [4] Il y a certainement eu de nombreuses différences dans la culture et la pratique entre ces tribus en Scandinavie et les tribus à la frontière romaine sur le Rhin, mais il y avait également certainement beaucoup de similitudes, et donc les écrivains romains, en particulier Tacite sont les meilleures sources que nous avons.

 

Hypothèse Nerthus/Odin

 

Nerthus en mythologie germanique est la déesse de la fertilité et plus simplement de la terre, dans les croyances germaniques il existe également Wotan équivalent à Odin le dieu principal de la mythologique nordique, Frigg serait la déesse mère ; l’équivalent en somme de Nerthus évoqué par Tacite. Le dieu Odin était le dieu des pendus car dans son histoire il a été pendu à l’arbre du monde Yggdrasil, de plus, Frigg tient comme lieu de vie, les marécages ; ces différents éléments montrent que Nerthus et son culte s’inspire de ce que les ancêtres nordiques devaient vénérer. Au final, un culte voué à la déesse mère Nerthus et certain à Odin (Wotan en germanique) avec le symbole de la corde puisque Odin a été pendu à l’Arbre Yggdrasil afin d’acquérir plus de pouvoir, en somme une renaissance. Dans cette hypothèse on peut imaginer un rituel voué à Nerthus pour la fertilité, en consacrant un individu à travers une épreuve comme celle qu’Odin a enduré, un rite initiatique vers les dieux, dans la demeure de Frigg, c’est à dire au cœur des marécages. On remarque donc que les symboles nordiques sont repris dans les cultes germains. Comme l’avait suggéré Tacite, les croyances en Scandinavie et en Germanie étaient différentes mais avec beaucoup de similitudes ; c’est ce que l’on peut remarquer ici. Ne pas oublier que la déesse mère qui est symbole de fertilité et d’abondance existe sous forme de statuette paléolithique dès 40 000 ans avant notre ère, un culte venant de la nuit des temps…

Les célèbres lignes de l’Edda, connues sous le nom de Runatal, raconte comment le dieu suprême Odin au zénith de sa puissance a acquis une connaissance des runes. Afin d’en connaître les secrets il se suspend et s’empale aux branches de l’arbre du monde l’Yggdrasil où il y passera neuf jours et nuits sans manger ni boire. C’est à la suite de ce rituel, qui rappelle d’anciens rituels chamaniques, qu’Odin pourra étudier tous les mystères cachés dans les runes, apprendre leurs secrets, ce qui renforcera son pouvoir et sa puissance, sa grandeur arcane. Le but du rituel était de prouver le mépris de la mort, la supériorité de l’esprit sur la matière. Depuis lors, les pendaisons des peuples Germains et Scandinaves sont considérés comme sacrifice au nom du Dieu Odin. Les Scaldes, poètes Scandinaves l’appelaient « le dieu du pendu » et le « Seigneur de la potence ».

De nombreux sacrifices seront exécutés sous la forme de pendaison – Sacrifice humain, animal, captif ou esclaves, tous sont pendus aux branches des arbres au bois sacrés. On croit que leur sang apaise les Dieux. Les corps sont suspendus dans un bosquet. Une fête du sacrifice a lieu durant neuf jours. Dans l’Histoire, des sacrifices plus impressionnants ont lieu. En l’an 9 après JC, le peuple Germanique, conduira les troupes romaines dans la forêt de Teutoburg. Environ 10 000 prisonniers seront pendus, sacrifiés au nom d’Odin. Il est à noter qu’une telle méthode d’exécution a toujours été commun dans la tradition des peuples Nordiques. Le sacrifice chez les femmes est parfois volontaire, tel un sentiment de loyauté envers leur mari ou pour éviter que s’abatte la honte. Les femmes nobles issues des peuples Cimbres et Teutons, capturées par les Romains après la défaite à Vertsellah en 101 avant JC, se pendirent à l’aide leur propre cordage qu’elles tissaient et accrochaient l’une après l’autre aux branches des arbres.

La nature sévère d’un pays boisé et sauvage engendrait de puissantes croyances. Tout dépendait des Dieux :  le moindre changement de jour comme de nuit, la fertilité de la terre, les pluies et les vents, les orages et les inondations.

 

Étude Mythologique

 

Wotan, Vodan (Odin) était le dieu principal dans la mythologie germano-scandinave, le dieu du ciel, le créateur tout puissant, le dieu de la poésie et de la magie, qui a volontairement perdu ses yeux pour obtenir une sagesse absolue. Il a été considéré comme le dieu de la guerre.

L’arme d’Odin est la lance de Gungnir, ne ratant jamais sa cible, elle frappe à mort toute personne qui l’entoure. Odin, dieu suprême des neuf mondes. Sur ces épaules, deux corbeaux, il voyageait souvent sous les traits d’un vieil homme borgne, un chapeau à large bord et à la barbe blanche.

Frigg ou Fria, dans la mythologie nordique est la déesse du mariage, de l’amour, la personnification du féminin dans la nature, femme de Wotan (Odin), assise à ses côtés sur le haut siège d’Hlidskjalf où le divin époux peut observer les neuf mondes. Selon la mythologie Nordique Odin et Frigg forment le groupe des Ases, en d’autres termes des Dieux principaux.

Freyja, sœur jumelle de Freyr, descendante mythologique de Nerthus, déesse de l’amour, de la famille et de la fertilité. Freyja était la femme d’Ode (vraisemblablement, une des incarnations d’Odin). Sa beauté n’avait pas d’égale parmi les déesses. Freyja possède un manteau en plumes de faucon ainsi qu’un collier d’ambre nommé collier des Brísingar qu’elle obtient après s’être marié une journée avec quatre nains, il symbolise la maîtrise de la puissance des quatre éléments : le feu, l’eau, l’air, la terre, l’équilibre entre les énergies des éléments. En plus de l’amour, Freyja est sollicitée pour obtenir de bonnes récoltes. Enfin Freyja est sollicitée afin d’apporter la victoire à la bataille.

Lorsque les tempêtes de printemps font rage et que le ciel est scindé par la foudre, c’est généralement le dieu Thor qui en est le responsable. Il se distingue par une force physique sans précédent. Son attribut était un marteau. Ses mains sont gantées de fer, sa barbe rousse flamboie dans la lueur des nuages, provoquant les éclairs et le grondement du tonnerre retentissant dans le ciel. Thor symbolise la force et la justice. Tyr était un dieu du ciel, il est également le dieu de la loi, de la justice et de l’ordre. Il apprécie la justice et la pensée rationnelle, sait déterminer la conséquence de chaque action. Tyr est le protecteur du droit.  Le dieu des forces terrestres était Freyr, personnifiant la végétation, la récolte, la richesse, la paix. « Pas d’autres Ases est aussi glorieux que Freyr, la pluie et la lumière du soleil lui sont soumises, et donc par conséquences les fruits de la terre également, la bonne moisson et la paix ainsi que la richesse des Hommes dépendent de lui.

Baldr le bienheureux dieu de la fertilité, du printemps et de la végétation vénérée – le dieu le plus doux et le plus beau, le gardien de la paix, et de la vie. Baldr rêvant de sa propre mort effraya les Ases. Frigg fera jurer a tous les éléments minéraux, végétales et animales qu’ils ne feront jamais de mal à Baldr, ce qui le rendra invulnérable. Loki usant de toute sa ruse et prenant une apparence féminine, fera avouer à Frigg qu’elle oubliera de demander au gui (plante d’apparence frêle et inoffensive) Loki prit un bâton de gui dont il fera une flèche, le donna à Höd, dieu aveugle, et le guida afin qu’il transperce Baldr, qui mourut aussitôt. Loki – dieu du feu, de la force, de la dévastation et de la discorde. Il est rapide, plein de ressources, rusé, fourbe et jaloux. Son puissant destructeur conduit au fait qu’il devient le principal coupable de la mort du dieu de la lumière de la nature naissante : Baldr. Sous l’impulsion jalouse et envieuse de Loki, prenant une apparence féminine Baldr a été tué par une flèche faite en inoffensive branche de gui, où la magie était démon de la fertilité de la vie.

Les Germains vouaient également un culte à diverses déesses, trouvant chez les femmes une sacralité spécifique. Les divinités féminines telles que les Valkyries étaient particulièrement sollicitées – jeune fille guerrière impliquée dans les victoires et la mort dans la bataille, les armes scintillantes au poing, elles se précipitaient sur des hordes de loup galopant sur le champ de bataille, décidant du sort final de la guerre. Les Valkyries étaient des anges de la mort. Sauvages et guerrières elles déferlaient tels des vautours sur les champs de batailles. Les valeureux guerriers morts sur le champ de bataille sont alors encerclés d’adorables cygnes ou de cavaliers galopant sur de magnifiques nuages de perles, dont la pluie a irrigué la terre de rosées fertiles. La Valkyrie est proche des Nornes. Les Nornes sont des déesses anciennes et puissantes du destin, aidant à l’accouchement. Trois sœurs : Urd pour le passé, Verdandi pour le présent et Skuld pour l’avenir. Selon la mythologie Nordique, elles ont filé les fils des destinées humaines. La notion de destin était l’une des croyances les plus importantes de la religion Nordique.

« Þaðan koma meyiar, margs vitandi, þriár, ór þeim sal (sæ) er und þolli stendr; Urð héto eina, aðra Verðandi, scáro á scíði, Sculd ena þriðio; þær lög lögðo, þær líf kuro alda börnom, ørlög seggia. »

« D’ici vinrent les filles, Savantes en toutes choses, Trois, venant de la mer, qui s’étend sous l’arbre ;
L’une est appelée Urd, Verdandi l’autre — elles gravaient sur le bois — La troisième est Skuld : Elles ont fait les lois Elles ont fixé les vies aux fils des temps elles énoncent le destin. » Codex Regius

 

Les Germains croyaient au pouvoir prophétique des femmes et, par conséquent, les prophétesses étaient parfois assimilées à des divinités. L’une d’elle était Veleda, de la nation des Bructère. Ces vierges, possède toute un don prophétique, nous pouvons également parler de chamanisme féminin, Un phénomène de travestisme au sein de certaine tribu était coutumier à l’époque et est d’ailleurs encore de nos jours coutumiers de certaines d’entre elle telle que certaines tribus issues des peuples de Sibérie et d’Amérique du Nord. Il existe des preuves que les sages, hommes ou femmes vivaient avec des animaux. Ainsi, dans les forêts de Suède, c’est entouré de loups, que les Vargamors vivaient – des femmes qui communiquaient avec des loups. On croyait que tous les loups de la forêt étaient sous leur protection. C’est à ses sages qu’il est attribué la possibilité de transformer un homme en loup. Les Germains, comme les autres peuples de l’antiquité, ont créé leurs propres mythes, mais la plupart d’entre eux ont été perdus avec l’adoption du christianisme.

Cosmogonie Nordique

Selon d’anciennes croyances Nordiques, la création de l’univers a été possible grâce à l’union de deux mondes que tout oppose : Muspellheim, la source du feu, de la chaleur et de Niflheimr, monde originel, la source du froid. Une image similaire de la création du monde est représentée dans une ancienne prophétie. Selon celle-ci, Audhumla, léchant continuellement le sel fit apparaître Buri, un être, qui enfanta Bor. Bor eut lui-même trois enfants de son union avec Bestla, fille d’un géant des glaces : Odin, Vili, Vé qui décideront de tuer le géant Ymir (première créature vivante). L’écoulement de son sang provoquera la disparition de tous les géants lorsque celui-ci inonda l’univers. Un seul, Bergelmir, petit-fils de Ymir, réussi à s’échapper avec sa femme.

Bergelmir deviendra alors le père d’une nouvelle génération de géants, appelés Jotnar. Ymir, traîné dans les abîmes du monde, sera démembré pour créer le monde : de sa chair provient la terre ; de ses os, les montagnes ; du sang, la mer ; des cheveux, les nuages ; du crâne, le ciel. La création du monde est donc le résultat d’un sacrifice sanglant – Cette idée religieuse est particulièrement répandue depuis l’antiquité. Elle servira ainsi d’excuse afin de justifier le sacrifice humain, tant pour les Germains que pour les autres peuples. Un tel sacrifice, étant une répétition d’un acte divin éternel, assure le renouvellement du monde, la résurrection de la vie.

En poursuivant la création du monde, les trois frères créèrent les étoiles et les corps célestes à partir des étincelles de Muspell. Quelques-unes des étoiles sont fixes, d’autres, se déplacent autour de la Terre en la contournant en un an. Un cycle quotidien a été établi : jour et nuit, ainsi qu’un renouvellement des saisons. D’après l’Edda :

« Je me rappelle les géants nés avec l’aube des neufs jours, ces géants qui m’enseignèrent autrefois la sagesse. Je me souviens de neuf mondes, de neufs cieux ; j’ai vu briller la matière première bien avant dans le terreau. Le matin appartenait au temps, lorsqu’Ymer ou Ymir se mit à bâtir, il n’y avait alors point de sable, point de mer, ni de vagues fraîches. La Terre n’existait pas ni le ciel élevé, il n’y avait point de gazon, mais seulement l’abîme de Ginnung.

Jusqu’au moment où la voute céleste fut soulevée par les fils de Boer, ces créateurs magnifiques de Midgard, le soleil n’envoyait ses rayons que sur des montagnes glacées ; mais depuis lors, des plantes vertes ont poussées sur le sol.

Le soleil et ami de la Lune, tendit avec vivacité sa main droite au sud sur les chevaux du ciel. Il ne savait pas où était ses maisons, les étoiles ne savaient pas se fixer : la Lune ignorait le pouvoir dont elle était douée.

Alors toute les puissances, les dieux saints, se dirigèrent vers leurs trônes pour entrer en délibération. Ils donnèrent des noms à la Nuit et à ses fils. Le Matin, le Midi et le Soir furent chargés de compter les années [5]»

 

Odin, vili et Vé donnèrent la vie à de simples rondins de bois. Odin leur donna l’âme ; Vili, l’esprit et le mouvement ; Vé, l’apparence et la parole, l’ouïe et la vue. Ils leur ont donné des vêtements et des noms : Un homme : Ask et une femme : Embla. Pendant le Grand froid survenu à la fin du monde, ils trouvèrent refuge dans le cœur de l’arbre d’Yggdrasil, se nourrissant de la rosée s’écoulant de ses branches.

L’arbre du monde Yggdrasil (Fig.3), un frêne dont les branches ne s’effeuillent jamais, s’élève dans le Centre du Monde et relie trois niveaux cosmiques : le Ciel, la Terre et l’Enfer. Ses branches sont étendues au-dessus de tous les mondes et s’élèvent au-dessus du ciel. C’est l’axe mondial, perçant l’univers et symbolisant son renouveau constant, car un arbre dépourvu de ses feuilles en automne et recouvert de bourgeons au printemps. Sous l’une des racines est la source de toutes les rivières, Hvergelmir. Les eaux sacrées où coule toute la sagesse de l’univers. Mais le dragon Nidhoggr ronge cette racine d’en bas, et quatre cerfs courent le long des branches, mangent les feuilles et les écorces.  La particularité de la religion Nordique était que la fin du monde était déjà posée dans l’idée même de l’origine et du développement du monde. L’arbre d’Yggdrasil devrait être considéré comme une base structurelle de la matière de l’univers, ayant deux projections – horizontales et verticales, dont les racines reliaient tous les mondes entre eux. Le premier poème de l’Edda, « La Prophétie de la Völva », décrit ainsi les neuf mondes : Asgard, Anaheim, Jotunheim, Alfheim, Midgard, Muspellheim, Niflhelm, Svarthalafheim, Helheim. Autour de la terre se trouve l’Océan, où vit le serpent Iormungang.

[5] Les Eddas (L’Edda de Snorri Sturleson. Edda de Saemund-le-Sage). Traduites de l’ancien idiome scandinave par Mlle. R. du Puget 1846.

Yggdrasil
Figure 3 Yggdrasil, « The Prose Edda » 1847, Oluf Bagge

 

Au sommet de l’Yggdrasil se trouve Asgard – domaine céleste, la demeure des Ases. À Asgard, il existe de nombreuses chambres merveilleuses, mais la halle la plus célèbre est Valhalla.  « Le palais des morts » lieu où les guerriers ayant péri héroïquement sur le champ de bataille sont amenés par les Valkyries. « Seules les personnes tuées sur les champs de bataille « entrent dans Valhalla.

Vanaheim – dans la mythologie germano-scandinave, est le lieu de vie des Vanes, groupe de Déesses et de Dieux, considérés comme les mécènes de la fertilité, associés aux cultes de la terre et de la nature, créditées du don prophétique et de la capacité de conjurer la magie noire. Les Vanes sont très anciens, bien plus anciens que les Ases. Les principaux représentants des Vanes sont Njörd et ses enfants Frey et Freya. C’est le domaine des eaux. On ne connait que très peu d’informations de Vanaheim, car il n’est mentionné que dans l’Edda de Snorri Sturluson (1179-1241).

Alfheim où « monde des Elfes clairs » monde généralement attribué à Frey, placé entre Asgard et Midgard. Il est possible que Alfheim soit situé en plein cœur du « troisième ciel » « On dit qu’il y a un autre ciel au-dessus du ciel, et que ce ciel s’appelle Andlang, situé au-dessus du troisième ciel Vidblain. Seules les Elfes clairs y vivent (Young Edda). La légende raconte que ce monde aurait été offert à Frey par les dieux lors de l’apparition de sa première dent.  Le soleil est à ce titre souvent nommé : « l’étoile des Elfes ». En règle générale, dans la croyance nordique, les elfes sont des créatures, sans âge, amicales à l’homme, habitant l’air, la terre, les montagnes et les forêts. La nuit, les elfes dansent à la lueur de la Lune jusqu’à l’oubli de soi jusqu’à ce que les corbeaux pleurent, annonçant ainsi la levée de l’aube. Les Germains croyaient également que chaque ruisseau et cascade étaient sous l’égide d’une nymphe, une fée invisible qui ondulait sur chaque arbre, entourait d’Elfes[6] dansant dans les près. Ils croyaient qu’une toile d’araignée légère volant doucement au rythme du vent vers la fin de l’été était leur travail. Par conséquent, les elfes étaient appelés les bons esprits d’air et de lumière.

Midgard, dans la mythologie nordique est le nom donné à la planète Terre. Parallèlement à Asgard, Alfheim, Svartalfheim, Helheim, Muspelheim, Vanaheim, Jotunheim et Niflhelm, Midgard forme le grand Arbre des Mondes ou Yggdrasil, où les ases peuvent se déplacer librement. Il est souvent désigné comme étant le noyau central de l’Yggdrasil.

Étymologiquement, il est facile de remarquer que seulement Asgard et Midgard ont des suffixes identiques, alors que les noms des autres mondes se terminent par « Heim ». Le suffixe « gard » dans le mot « Midgard » désigne une ville, un établissement, bien que compte tenu des spécificités historiques, il vaut la peine de s’attarder sur un sens quelque peu différent : celui d’une fortification érigée, en fait une ville-forteresse. En vieux Saxon, le terme de « Middilgard » sera couramment utilisé « Middil » signifiant « médiane » ou « milieu » c’est-à-dire situé à l’intersection de deux mondes et « gard » signifiant « espace clos ». Le médiateur entre le monde des vivants et le monde des morts. En anglais, qui est un descendant de l’une des branches scandinaves de la proto-langue slave, des mots similaires, comme « Middan-eard » ou « Middan-geard » provenant de « mid » désignant « le milieu » et de « geard » désignant l’environnement clos, une habitation, une forteresse.) ont également été conservés.

Svartalfheim ou domaine des Elfes sombres et des nains. Nidavellir est parfois également mentionné comme le royaume des nains. Toutefois, aucunes archives n’a encore permis de déterminer si Nidavellir et Svartalfheim représentent un seul et même monde.

Niflheimr, monde brumeux fait de glace et de brouillard, l’habitat des géants de glace. Ce monde froid, en partie gelé dans la glace, est l’un des deux mondes primordiaux qui donna naissance aux sept autres. Jotunheim est l’un des neuf mondes, peuplé de géants. Selon les légendes, il a été créé par les Ases à l’est de Midgard [7] pour Bergelmir, le petit-fils d’ymir et ses descendants, les géants de glace. La croyance Nordique à tenter d’expliquer les phénomènes incompréhensibles et formidables de la nature par la volonté de dieux et d’esprits mystérieux. Jotunheim était considéré comme un pays de composé d’immense forêts, de puissantes rivières, d’énormes grottes, et de montagnes géantes. La colonie principale de Jotunheim est Utgard, une « enceinte extérieure », une immense citadelle faite de neige et de glace, un monde dépassant les lois des Ases.

[6] Les récits de Tolkien ont hélas considérablement modifié l’image que nous nous faisons de ces créatures qui, rappelons-le, étaient considérés dans la mythologie Nordique comme de véritables divinités de la fertilité et de la nature.
[7] De récentes traductions de l’Edda situent de nos jours Jotunheim au Nord de Midgard.

Muspelheim est dans la mythologie Nordique, une terre de géants, terre de feu, dont l’entrée, selon la légende, est gardée par le géant et maître Surt. Muspelheim existait avant l’apparition de toute vie.

Enfin, Helheim où règne la Déesse Hel, est le monde souterrain, le monde des morts, de la destruction de l’univers et du chaos. Helheim est un endroit froid, sombre et brumeux, où y séjournent tous les morts, à l’exception du meilleur des guerriers qui tombe sur le champ de bataille en héros. Helheim est situé à Niflheimr, au plus bas niveau de l’univers. Il est entouré par la rivière impénétrable Gjöll. Aucune créature, même pas les dieux, ne peuvent revenir du monde d’Helheim.

Anthropologie sociale des rites funéraires nordique et germaniques

Les traditions de l’embaumement artificiel ont existées depuis la nuit des temps et ce, parmi de nombreux peuples du monde. Leurs plus célèbres exemples restant dans l’esprit de tous les momies égyptiennes. Cependant, la momification peut également se produire naturellement. Les tourbières dans lesquelles, a été notamment découvert l’homme de Tollund, sont un environnement idéal pour la préservation des momies. Cet environnement idéal pour la préservation des momies représente cependant deux inconvénients à ne pas négliger lors de l’analyse de leurs blessures corporelles et de l’environnement dans lesquelles elles ont été découverte : Premièrement, la tourbe exerçant une puissante pression sur les corps peut également infliger certaines blessures voire fractures. Deuxièmement les eaux de pluie, et les rivières permettent de déplacer des décombres, des corps, des os, à plusieurs kilomètres de distance et il est alors primordial de considérer ses tourbières comme tombeaux d’origine avec prudence.[8]

L’acide humique présente en grande quantité dans la tourbe, contribuent à l’embaumement naturel des corps. Ces acides éliminent les bactéries putréfactives et ont un effet de tannage sur les tissus mous. En raison de cela et du climat froid, l’oxygène ne pénètre pas dans la tourbe et c’est alors que la momification naturelle a lieu. Les temples dans la religion Nordique n’existaient car ils croyaient que les dieux ne devaient pas être enfermés. Chaque tribu avait sa propre forêt sacrée ou bosquet sacrés, où était pratiqués diverses cérémonies. Ces bosquets sacrés, les forêts et les marais étaient des lieux de culte. Le seul autel d’Europe sera retrouvé lors de fouilles archéologiques à Thuringe, un véritable lieu de culte, où des sacrifices humains ainsi que des bovins, des chevaux, et des chiens étaient offert aux dieux. Il a été trouvé un grand nombre de crânes et des os de divers animaux. Les Germains croyaient que les dieux étaient omniprésents, et qu’ils déterminaient le sort de chaque individu. Parfois, afin de permettre la clémence des dieux, les prisonniers étaient condamnés à mort. Ce culte sanguinaire barbare servait à apaiser une divinité en colère. Lors de périodes de guerres les nations hostiles étaient sacrifiées et soumise à extermination les unes après les autres au nom des divinités. C’est ainsi que les sacrifices chez les Hermundures, nation Germanique vouant un culte à Odin est relaté par Tacite.

Il relate notamment comment au nom d’Odin les Hermundures prenaient leurs sacrifices sur l’ennemi, hommes et chevaux[9].  Il n’y avait aucune effigie à l’image des dieux, à l’exception d’idoles sculptées dans le bois rugueux d’une souche d’un arbre. Des fouilles archéologiques sur les lieux de sacrifice, dans les marais, ont permis la découverte de quelques-unes de ces idoles en bois chacune désignant une divinité distincte. Mais il est impossible de savoir quelle divinité ils représentent. Les effigies servaient le plus souvent au culte de la déesse de la fertilité Nerthus et au dieu de la guerre et de la chasse Odin. La relation entre l’homme et les divinités n’a jamais été caractérisée par le mot « croire » mais se traduisait au contraire par « nous donnons en retour » Les peuples Nordiques exprimaient cette pensée avec une offrande sacrificielle, dont le sang versé permettait de renforcer cette relation divine. Les dieux étaient nourris avec le sang et la viande des sacrifices qui leur été offert. C’est lui qui renforçait le pouvoir des dieux. Dans la religion Nordique, la notion d’âme n’existe pas, l’âme ne continue pas d’exister indépendamment après la mort d’une personne. La particularité de la compréhension Nordique du « destin », si nous laissons de côté celle transmise par les Nornes, consiste à ce que l’Homme entreprenne consciemment ses actions en connaissance de sa disparition inévitable Pour les rois, les leaders, les guerriers et les autres, dont les actions servaient de modèle au peuple, ce comportement était jugé absolument nécessaire afin de préserver leur statut social. Les dieux étaient également subordonnés au destin, comme mentionné dans plusieurs vers des poèmes de la Voluspa.

Les Germains avaient une organisation formelle des prêtres qui étaient eux même dirigés par les Grands prêtres. Le Clergé devait observer les présages à divers événements publics, en particulier dans l’administration de la guerre, pour punir les péchés graves, et garder les bois sacrés comme étant objet de culte. Bien qu’ils n’étaient pas obligés de se battre, les prêtres étaient présents dans la guerre. Ils portaient les bannières sacrées des bosquets protégés vers les champs de bataille. Ils avaient beaucoup plus d’autorité que les Rois et les chefs militaires. Ils parlaient au nom des dieux, et pouvaient condamner à mort. Les prêtres disposent d’une importante partie du pouvoir grâce au culte des dieux, des sacrifices, de la fortune. Dans la tribu des Burgondes, le Grand Prêtre était inamovible pour la vie, et ne pouvait pas être tenus responsables de leurs actions, tandis que le roi était responsable de sa cour, non seulement concernant les échecs militaires, mais aussi les problèmes d’ordre économique, tels que les mauvaises récoltes. Les cérémonies funéraires des Germains différaient également par leur simplicité. Les croyances des Germains associées aux rituels funéraires n’étaient pas toujours les mêmes et différaient selon la tribu. Notamment concernant le respect de la mort. Mais la plupart croyaient que les morts pouvaient revenir sous la forme de fantômes et blesser les vivants, de sorte que les corps étaient le plus souvent brûlés. Pour les actes honteux tels que la lâcheté sur le champ de bataille, la trahison du défunt passait par un mode d’exécution considéré comme honteux comme la pendaison ou la noyade dans les marais.

Le rite funéraire le plus courant des peuples Nordiques était l’enterrement dans un navire-sépulture (Fig. 4) : le défunt était enterré dans un navire ou érigé dans un monument érigé sous la forme d’un navire. La pierre tombale, se composait de groupes de pierres, établi sous la forme d’un navire. Des monuments en pierre sous forme de navires ont été érigés depuis l’âge du bronze, bien que la plupart d’entre eux datent de la période de la Grande Migration des Nations (375-577). Le navire a joué un rôle important dans le rituel funéraire, symbolisant le voyage vers l’autre monde. Les formes d’inhumation dans les navires-sépultures pouvaient prendre des formes différentes selon les peuples. Parfois, le défunt était placé à bord du navire mis en mer, parfois, le navire était incendié. L’histoire la plus passionnante d’un tel enterrement est celui contenue dans les quelques vers du poème épique Anglo-Saxon : le Beowulf.  Le défunt a été placé à l’arrière d’un navire-sépulture face au nez, souvent sur un poêle séparé. Il était accompagné d’armes et d’armures, ainsi que d’ornements. Sur le devant du navire, tout le nécessaire pour voyager était déposé : nécessaire de navigation, nourriture et parfois domestiques. L’inhumation accompagnait les sacrifices d’animaux : leurs corps étaient posés soit sur le bateau lui-même, soit juste à l’intérieur de la tombe. Certains dirigeants été mise en terre ou mise en mer accompagnés de leurs chevaux d’une vache ou encore d’un taureau, de chiens, de moutons, de cochons, de canards, d’oies et même de faucons. Les navires-sépultures étaient couchés de telles sorte que leur nez soit dirigé vers la mer, comme s’ils étaient prêts à naviguer. Ils étaient destinés à conduire le défunt vers le monde des esprits, dans le royaume régi par Odin.

C’est probablement, pourquoi les « navires » avaient tout le nécessaire pour naviguer, et c’est pourquoi la plupart de ces sépultures se trouvaient sur les rivages ou à côté. Cependant, pendant longtemps, le navire était aussi un symbole de la fertilité : peut-être les Germains croyaient qu’en vertu de cela, il pouvait protéger le défunt. La propagation du christianisme parmi les tribus germaniques entre les IV et Xième siècles a considérablement modifié leurs croyances. Pendant longtemps, les masses populaires ont résisté à l’introduction d’une nouvelle religion qui leur a été imposée par les prédicateurs chrétiens. Le clergé a légalisé certaines anciennes coutumes et croyances, essayant de leur donner une apparence chrétienne. Au V Ième siècle les croix recouvertes de feuille d’or étaient placées sous la forme d’une assurance, afin de permettre la satisfaction de Dieu. De telles croix ont été découvertes dans des tombeaux Germains datant du V Ième siècle lors de fouilles archéologiques.

La religion Nordique et plus particulièrement des anciens peuples Germains a contribué de manière significative au développement de la culture Européenne.

Ladbyskibet
Figure 4 Navire-sépulture ou bateau-tombe de Ladby datant du Xe siècle découvert lors de fouilles au Danemark entre 1934 et 1937

 

      Conclusion

 

 Nous ne pouvons que spéculer sur les causes de la mort de ces hommes des peuples anciens, dont les corps parfaitement préservés sont régulièrement découverts dans les tourbières de toute l’Europe du Nord. De l’Irlande à la Pologne, en passant par le Danemark, en deux siècles ce sont plus d’un millier de momies qui seront retrouvées. La plupart des corps sont par ailleurs retrouvés lors de l’extraction de la tourbe de 1800 à 1960, lorsqu’elle était encore utilisée comme combustible.

Cette enquête a cependant permis de faire la lumière sur de nombreuses zones d’ombres trop souvent écartées lors des analyses depuis la découverte du corps en 1950 dans les tourbières danoise de Tollund. L’implantation et les origines des populations vivant à l’âge de fer au Danemark est bien souvent méconnue, une culture Celtique est bien trop souvent associée à tort aux premières civilisations Danoises. Et si rien n’indique qu’il n’y a jamais eu de Celtes au Danemark, rien n’indique non plus que la culture Celtique ait un jour dominé en Europe du Nord. Depuis l’antiquité, les marais étaient considérés comme une demeure des esprits maléfiques, avec de nombreuses légendes, des rituels et des croyances qui leur étaient associés. Dans les tourbières d’Europe, plus d’un millier de momies seront retrouvées, enterrées il y a des centaines d’années et conservées afin d’arriver jusqu’à nous le corps parfaitement préservé. Des cas de conservations exceptionnels qui permettent de faire apparaître de nouvelles informations du passé. La plupart présentant des traces de mort violente et de torture. Certaines garderont également pour l’éternité une corde nouée autour de leur cou. Cependant, cette corde, qui auparavant était souvent associé au sacrifice en lui-même, pourrait pour certains cas être le résultat d’une procession pénitentiel, comme il en était parfois le cas, notamment au Moyen âge. A la suite d’une recherche minutieuse, cette enquête a ainsi permis de différencier deux termes souvent confondus à tort : Sacrifice et Consécration dont les différences sont subtiles et particulièrement précises.  Ces subtiles nuances entre les deux sont pourtant essentielles pour comprendre les causes probables d’une telle mort.

Les conclusions d‘homicide ou de simple sacrifice sur les cas d’Hommes retrouvés dans les tourbières ne prennent que très peu en compte l’évolution climatique, les évolutions et les origines des croyances dans cette région d’Europe qui demeure un berceau pour nos civilisations Européennes.  Les références au sacrifice ainsi qu’à la consécration apparaissent très clairement dans les narrations mythologiques évoquant Nerthus et Odin. Cependant comme nous avons pu le remarquer, de nombreuses divinités autre que Nerthus et Odin étaient sollicitées et les cultes et les mises à mort étaient également en adéquation avec celle-ci.

Une hypothèse également trop peu exploitée, dans l’étude des cas d’Homme des tourbières mais qui permet de visualiser et de comprendre le lien entre la nature, la mort et les cultes des Hommes à l’Age de fer : celle de la cosmogonie Danoise.

En finalité, gardons toujours à l’esprit que toute la technologie dont nous disposons afin de permettre de meilleurs datation et analyses médicales, anthropologique et paléopathologique réunies ne pourra en aucun percer les véritables secrets de corps datant de 2000 ans. Des détails nous échapperont toujours … Nous ne pouvons que supposer les faits chacun avec notre propre perception, notre propre sensibilité face aux recherches que nous entreprenons, face aux découvertes, aux événements, chacun avec notre propre réalité des faits.

 

Sources Bibliographiques et références

 

Enquête anthropologique et mythologique en plein cœur du Danemark : le cas de l’homme de Tollund Texte Intégral

 

Tacite, La Germanie (De situ ac populis Germaniae), an 98

Art du tourbier, ou Traité des différentes manières d’extraire la tourbe, et de l’employer, précédé d’une dissertation, Jean-Marie Roland de La Platière, Bonafous, 1782

Les Gètes, ou La filiation généalogique des Scythes aux Gêtes et des Gètes aux Germains et aux Scandinaves … par Frédéric-Guillaume Bergmann Chez Treuttel et Würtz, 1859

De l’ancienneté de l’Homme : résumé populaire de la préhistoire, Sigismond Zaborowski-Moindron, G. Baillière, 1874

The Bog People : Iron-âge Man Preserved, Peter Vilhelm Glob, Ballantine Books, 1971

 

Snorri Sturluson, François-Xavier Dillmann, L’Edda : récits de mythologie nordique, Paris, Gallimard, 1991

L’Edda poétique, textes présentés et traduits par Régis Boyer, Fayard, 1992

Rudolf Simek, Dictionnaire de la mythologie germano-scandinave, 1996

Tacite, Annales, Editions Flammarion,1999

Origines et formation de la Scandinavie, Régis Boyer, 2002

Dísir, valkyries, völur, and norns : The ‘Weise Frauen’ of the Deutsche Mythologie Lionarons,

Joyce Tally. (2005)

Les grands voyageurs racontent La Scandinavie, 2008

Finn Stefánsson : Yggdrasil i Nordisk Mytologi, 2.  2009,

L’Homme avant les métaux, Nicolas Joly, 2016

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